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Pourquoi les réserves de gaz de l’Union européenne n’ont-elles jamais été aussi basses à cette période depuis 2011 ?

Comme la fourmi de la fable, l’Europe profite habituellement des beaux jours pour faire ses réserves de gaz avant l’hiver. Le gaz est injecté dans les stockages au printemps et en été, puis puisé lorsque les températures baissent et que la consommation augmente. Sauf qu’en 2026, la fourmi européenne a pris du retard. 

À la fin du mois d’août, les stockages de l’Union européenne n’étaient remplis qu’à environ 63 %, contre 70 % habituellement à cette période¹. En Allemagne, le niveau tournait même autour de 50 %. Quelques semaines plus tôt, le 3 août, le taux de remplissage européen avait atteint son niveau le plus bas pour cette date depuis le début des données AGSI (Aggregated Gas Storage Inventory) en 2011².

L’Europe ne manque donc pas de gaz aujourd’hui. En revanche, elle s’approche de l’hiver avec un matelas de sécurité nettement moins épais, dans un marché déjà secoué par les tensions géopolitiques et la hausse des prix.

Ce qu'il faut retenir


Pourquoi les réserves européennes de gaz sont-elles aussi basses ?

Plusieurs facteurs se sont télescopés ces derniers mois pour expliquer cette situation. Stocks déjà entamés après l’hiver, tensions géopolitiques, hausse de la demande et concurrence internationale pour le GNL.

L’Europe a commencé la saison de remplissage avec moins de gaz

Le problème ne date pas de cet été. À la sortie de l’hiver 2025-2026, les stocks européens étaient déjà inférieurs à la moyenne des cinq dernières années³. L’Europe abordait donc la saison de remplissage avec davantage de gaz à injecter pour préparer l’hiver suivant.

Une situation encore gérable en temps normal, puisque le printemps et l’été servent justement à reconstituer les réserves. Sauf cette année, où les conditions de marché ont compliqué l’opération. Avec les conflits et les tensions sur les marchés de l’énergie, l’Europe devait reconstituer des réserves déjà basses au moment même où le gaz devenait plus difficile et plus coûteux à sécuriser⁴.

La guerre au Moyen-Orient a perturbé l’approvisionnement en GNL

Avec le conflit au Moyen-Orient et la fermeture de fait du détroit d’Ormuz au début du mois de mars, les marchés se sont emballés. Ce passage constitue en effet une véritable artère du marché mondial du gaz, puisque la quasi-totalité des exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis y transite, soit près d’un cinquième du commerce mondial de GNL⁵. Surtout, il n’existe pas d’itinéraire alternatif permettant d’acheminer ces volumes vers le marché mondial.

Logiquement, face au blocus des voies maritimes dans le Détroit d’Ormuz, les livraisons de GNL du Golfe ont brutalement diminué et les prix du gaz ont fortement augmenté en Europe comme en Asie⁶


Si certains flux ont repris depuis l’accord intérimaire conclu en juin, le trafic dans le détroit d’Ormuz reste très perturbé en septembre 2026 et largement inférieur à ses niveaux d’avant-guerre. La situation demeure donc loin d’un retour à la normale.

Cette perturbation intervient alors que l’Union européenne a considérablement réduit sa dépendance au gaz russe depuis 2021 et poursuit désormais sa sortie de ces importations. Le GNL et les autres sources d’approvisionnement non russes occupent donc une place beaucoup plus importante dans la sécurité énergétique européenne. La disparition d’une partie des cargaisons disponibles sur le marché mondial a donc renforcé la concurrence entre acheteurs et rendu le remplissage des stocks européens plus coûteux³.

Les fortes chaleurs ont augmenté la consommation de gaz

Cela peut sembler paradoxal, pourtant un été très chaud ne signifie pas forcément une faible consommation de gaz. Les vagues de chaleur ont fait grimper les besoins en électricité, notamment avec l’utilisation accrue de la climatisation. En France, RTE estime ainsi que les fortes températures peuvent ajouter plusieurs gigawatts à la consommation électrique par rapport à une période aux températures de saison⁷.

À l’échelle européenne, cette hausse de la demande a aussi sollicité davantage les centrales électriques fonctionnant au gaz comme le démontre la Commission européenne. Autant de gaz consommé immédiatement qui n’a donc pas pu servir à reconstituer les réserves avant l’hiver⁸.

L’Europe est aussi en concurrence avec l’Asie pour le GNL

Le GNL voyage par méthanier et se négocie sur un marché mondial. L’Europe est donc en concurrence avec les acheteurs asiatiques pour attirer les cargaisons disponibles, notamment celles dont la destination peut encore être modifiée.

Cette concurrence s’est particulièrement fait sentir depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Entre mars et juin 2026, les prix du GNL sur le marché asiatique ont dépassé ceux du marché européen, ce qui a incité certains fournisseurs à détourner des cargaisons flexibles de l’Europe vers l’Asie⁶.

Qu’en est-il des stocks de gaz en France ?

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On ne peut jamais prédire l'avenir. Mais c'est vrai qu'avec le niveau ou on est aujourd'hui, on est relativement confiant.

A franceinfo

La France s’en sort pour l’instant mieux que la moyenne européenne. Au 13 septembre 2026, ses stockages de gaz étaient remplis à 76,7 %⁹, contre environ 68 % à l’échelle de l’Union européenne¹⁰. La situation est, par exemple, nettement plus tendue en Allemagne, où les réserves tournaient autour de 56 % à la même période¹¹. À l’autre bout du tableau, la Pologne affichait un niveau de remplissage proche de 100 %, à 98,1 %¹².

La France dispose donc d’un matelas plus confortable que plusieurs de ses voisins, sans pour autant pouvoir considérer l’hiver comme une formalité. 

Avec environ 130 TWh de capacités de stockage souterrain, la France peut ainsi stocker l’équivalent d’un peu moins d’un tiers de sa consommation annuelle de gaz¹³. De quoi amortir une partie des pointes hivernales, mais pas remplacer les approvisionnements qui continuent d’arriver tout au long de l’année.

Bon à savoir

L’objectif européen reste fixé à 90 % de remplissage. Il peut désormais être atteint entre le 1er octobre et le 1er décembre, au lieu d’une échéance unique au 1er novembre. Les États membres disposent aussi d’une marge de flexibilité pouvant aller jusqu’à 10 points lorsque les conditions de marché compliquent le remplissage comme c’est le cas cette année, l’objectif à date est donc de 80%.

Des stocks bas peuvent-ils faire augmenter le prix du gaz ?

Des stocks moins remplis ne signifient pas forcément une flambée immédiate des prix. Ils réduisent toutefois la marge de sécurité de l’Europe à l’approche de l’hiver et rendent le marché plus sensible au froid, aux tensions géopolitiques et aux difficultés d’approvisionnement.

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Une baisse n'est pas exclue en cas d'hiver clément, mais les indicateurs ne pointent pas vers un scénario baissier aujourd'hu, avec le faible taux de remplissage des stockages et la poursuite du conflit au Moyen-Orient.

Les prix du gaz ont déjà fortement augmenté

Les faibles niveaux de stockage sont à la fois le résultat des tensions qui frappent le marché du gaz et un facteur de vulnérabilité supplémentaire à l’approche de l’hiver. Le 21 septembre 2026, le prix du gaz européen évoluait encore autour de 79 €/MWh, après avoir atteint quelques jours plus tôt son plus haut niveau depuis décembre 2022¹⁴.

Avec des réserves moins remplies qu’habituellement, le marché européen dispose de moins de marge pour absorber un nouveau choc d’approvisionnement. À l’approche de l’hiver, cette vulnérabilité rend les cours plus sensibles à la moindre perturbation et peut amplifier les hausses de prix.

Y a-t-il un risque de pénurie cet hiver ?

À ce stade, la Commission européenne n’identifie pas de risque immédiat de pénurie de gaz pour l’hiver 2026-2027⁸.  Malgré des stocks moins remplis que les années précédentes, elle estime que le système gazier européen reste suffisamment résilient pour passer l’hiver.

L’Union européenne est aujourd’hui mieux préparée qu’au début de la crise énergétique, grâce à une plus grande diversification de ses approvisionnements, des capacités d’importation de GNL renforcées et une demande de gaz plus faible. Des stocks moins élevés réduisent néanmoins la marge de sécurité disponible en cas de nouvel incident d’approvisionnement ou de forte vague de froid⁸.

Le froid et le Moyen-Orient pourraient faire flamber les prix

Deux éléments seront particulièrement à surveiller cet hiver. 

  • La météo : un épisode de froid prolongé augmenterait les besoins de chauffage et accélérerait mécaniquement le soutirage des réserves. Avec des stocks déjà moins remplis qu’à l’habitude, cela réduirait encore la marge de sécurité européenne¹⁵.
  • L’évolution du conflit au Moyen-Orient : la Commission européenne souligne que la situation demeure instable et que les incertitudes géopolitiques continuent d’alimenter une forte volatilité des prix8. De son côté, l’AIE rappelle que les flux de GNL du Golfe restent perturbés et que le retour à la normale demeure incertain⁶.

Le risque principal n’est donc pas forcément de manquer totalement de gaz, c’est de devoir le payer beaucoup plus cher pour sécuriser suffisamment d’approvisionnements pendant l’hiver.

Les stocks européens restent historiquement bas pour la saison, même s’ils continuent de se remplir. La suite dépendra surtout de la météo, de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de la disponibilité du GNL sur le marché mondial. Les réserves ne déterminent pas seules la facture finale, mais elles influencent directement l’équilibre du marché et donc les prix du gaz.

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