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Une jeunesse qui se mobilise pour le climat

Le blog d’ekWateur

21 octobre 2019

Une jeunesse qui se mobilise pour le climat

En octobre 2018 le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) a publié un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C. Le GIEC démontre que le réchauffement de la planète induit par l’activité humaine a déjà atteint 1° de plus par rapport aux prévisions. La situation climatique est un sujet d’inquiétude et de prise de conscience pour la population.

L’accélération du réchauffement climatique et de ses impacts a vu apparaître sur la scène médiatique un nouvel acteur : la jeunesse. Depuis plusieurs mois, les jeunes apparaissent sur le devant de la scène par leurs actions pour le climat.

Portés par la Suédoise Greta Thunberg et sa grève scolaire pour le climat, de plus en plus de jeunes ont décidé d’agir à leur échelle, mais pouvons-nous nous dire que tou·te·s se battent de la même manière pour la préservation de la planète ? 

Plusieurs groupes distincts 

Malgré des descriptions simplistes avec des termes tels qu’« idéalistes » ou « désillusionné·es », nous ne pouvons pas représenter la jeunesse comme un groupe social homogène et uniforme. Leurs différences sociales, économiques, culturelles et idéologiques rendent la catégorisation de tous les jeunes sous un même mouvement impossible, sous peine de leur faire perdre leur nature. 

Un panorama de tous les acteur·rice·s de ce phénomène social nous permettra de mieux comprendre leurs actions et leurs motivations.

- Les personnes mobilisées lors des marches 
- Les signataires du « manifeste des étudiants pour un réveil écologique »
- L’Affaire du siècle ou « inaction climatique »
- La plainte de la jeunesse contre 5 pays pour inaction climatique
- Les grèves scolaires

Les personnes mobilisées lors des marches

Lors de la manifestation du 27 janvier 2019, 29 % des moins de 26 ans et 29 % des 26-34 ans étaient présents. (Source : Reporterre.net) Une grande majorité d’entre eux·elles rejette la stratégie des « petits pas » et considère le réchauffement climatique comme un phénomène collectif. Les jeunes manifestant·e·s sont attaché·e·s à des valeurs anticapitalistes, à un soutien pour l’accueil des réfugié·e·s et à une augmentation des aides gouvernementales envers les particuliers. Ils·elles demandent une réflexion collective sur notre modèle de société et sont principalement issu·e·s des classes aisées (72 % d’entre eux·elles ont au moins un de leurs parents cadres ou de professions intellectuellement dites supérieures) (Source : theconversation.com).

Les signataires du « manifeste des étudiants pour un réveil écologique »

Le « Manifeste des étudiants pour un réveil écologique » est une initiative lancée en octobre 2018 par des étudiant·e·s des grandes écoles et compte aujourd’hui 31 000 signatures d’élèves. 

La jeunesse a pris conscience des conséquences du réchauffement climatique et de l’inaction des gouvernements. La création de ce manifeste est une envie de créer un refus systématique de consommer les services de ses entreprises. Ce document dénonce le manque d’actions malgré les multiples appels de la communauté scientifique, en dépit des changements climatiques irréversibles constatés dans le monde et d’une société qui continue sur une trajectoire destructrice pour l’environnement et l’humanité.

Réalisant leur pouvoir sur le marché de l’emploi, ils déclarent ne plus vouloir travailler pour des entreprises qui ont un impact néfaste sur l’environnement. Compte tenu de la composition des signataires du manifeste – HEC, Agro Paris Tech, Science Po, ENS, Polytechnique –, on peut dire que les participant·e·s de ce manifeste sont en grande majorité issu·e·s des classes supérieures. La force du capital social, économique et culturel de ses signataires (prochainement) diplômé·e·s de grandes écoles leur donne la possibilité de choisir leur futur travail en fonction de leurs convictions. On assiste à une mobilisation d’une tranche élitaire de la jeunesse qui décide de mettre en danger sa sécurité économique pour établir un dialogue avec l’État et les entreprises. 

L’Affaire du siècle ou « inaction climatique »

L’Affaire du siècle se présente comme une initiative lancée en décembre 2018 par quatre associations françaises : Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France. C’est une campagne de justice climatique qui vise à poursuivre l’État pour son manque d’action dans la lutte climatique. L’Affaire du siècle dénonce le non-respect des engagements du gouvernement depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015. 

L’Affaire du siècle estime que le gouvernement n’a pas respecté ses engagements environnementaux à l’échelle de la France et à l’international et met en péril les droits fondamentaux des citoyens. Elle se donne pour objectif d’obtenir une obligation d’agir du gouvernement face au réchauffement climatique. Le succès de cette pétition est le fruit du travail des 4 ONGs, la multiplication des évènements climatiques extrêmes ainsi que la démission de Nicolas Hulot en août 2018. En quittant son poste, le ministre de la Transition écologique et solidaire a créé un sursaut auprès de la population française. Il invoque une prise de décisions pas assez rapide sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement. 

L'Affaire du siècle devient la pétition la plus signée de France et a récolté plus de 2 millions de signatures en l’espace d’un mois. 32 personnalités soutiennent publiquement les quatre associations dans une vidéo réalisée par « Partager c’est sympa » un militant écologique sur YouTube. Parmi elles : Marion Cotillard, Juliette Binoche, Guillaume Meurice, Élie Semoun et les youtubeurs McFly et Carlito.

Des actions politiques prioritaires pour réconcilier transition écologique et justice sociale 

Les créateur·rice·s du mouvement expriment six grandes mesures importantes qui permettront à la France de lutter contre les changements climatiques et de réconcilier la transition écologique et la justice sociale. Les influenceur·ce·s militent pour que le gouvernement « instaure une fiscalité sociale juste au service de la lutte contre le changement climatique », « donne la possibilité à toutes et tous de se déplacer plus proprement », ou encore de « développer massivement des énergies renouvelables ». L’objectif de cette action est de faire réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 par rapport à 1990. 

L’Affaire du siècle représente un appel aux citoyen·ne·s à agir en justice contre l’État. Elle tient son succès de son originalité, en s’appuyant sur la justice afin de réclamer à l’État des mesures et des ambitions. La plainte a été déposée le 14 mars 2019, elle ne possède cependant pas encore de date de procédure. 

Un mouvement mondial 

Plusieurs tentatives de poursuite en justice envers les États ont été enregistrées. Depuis 2015, 21 jeunes de 10 à 21 ans ont porté plainte contre le gouvernement américain, soutenus par l’ONG Children Trust : ils l’accusent de mettre en péril leurs droits constitutionnels et dénoncent une mise en danger de leur vie par leur inaction climatique et leur soutien à l’exploitation des énergies fossiles. En Colombie, 25 adolescent·e·s appuyé·e·s par l’ONG Dejusticia ont permis d’envoyer l’État devant la plus grosse instance juridique connue à ce jour. Celle-ci a permis d’ordonner l’arrêt de la déforestation en rappelant son devoir de protéger la nature pour les générations futures. Au Portugal, 7 mineurs ont porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme après les démonstrations catastrophiques de l’impact du réchauffement climatique sur leur pays (les feux de forêt). Ces démarches judiciaires ne remportent pas toutes le combat, mais elles permettent de démontrer l’influence des jeunes qui ne sont pas souvent en âge de voter.

La plainte de la jeunesse contre 5 pays à l’ONU

Lors de l’assemblée générale de l’ONU, Greta Thunberg et quinze autres jeunes ont déposé une plainte devant le Comité des droits de l’enfant contre l’Argentine, le Brésil, la Turquie, l’Allemagne et la France. Ils considèrent que l’inaction des dirigeants sur le plan climatique porte atteinte à la convention de l’ONU sur les droits des enfants. 

Alors, pourquoi avoir ciblé ces cinq pays dans le cadre de la plainte devant le Comité des droits de l’enfant de l’ONU ? La réponse se trouve dans le domaine juridique. Cette plainte a été rédigée avec l’aide du cabinet international d’avocats Hausfeld et Unicef, elle s’appuie sur un protocole qui autorise les enfants depuis 2014 à porter plainte devant le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, s’ils estiment que ceux-ci n’ont pas été respectés. Le Comité sera donc obligé d’enquêter sur les violations présumées et faire des recommandations (non juridiques) aux États concernés pour y mettre un terme. L’Argentine, le Brésil, la Turquie, l’Allemagne et la France étant parmi les pays les plus influents du G20, ils ont approuvé le protocole des droits de l’enfance, chose que les pays comme les États-Unis ; la Chine et l’Inde n’ont pas fait. 

Les grèves scolaires 

En parallèle de la mise en place du Manifeste et des actions prises en justice, des lycéens et étudiants ont décidé de s’engager dans le prolongement de la « grève climatique ». Ce mouvement a eu pour conséquence d'inciter «les jeunes » à manifester et à organiser des actions plutôt que d'aller en cours.

Cette grève hebdomadaire, lancée en Suède au cours de l’été 2018, apparait après que le pays a connu de grosses vagues de chaleur et des feux de forêt. Greta Thunberg, la jeune Suédoise de 16 ans décide de ne plus aller à l’école jusqu’aux élections législatives. Elle s’assoit devant le Parlement de Stockholm afin de revendiquer une diminution des gaz à effet de serre. Après les élections, elle continue de se mobiliser tous les vendredis et a créé le mouvement « Friday for Future ». 

Lors de la COP 24 qui s’est déroulée en décembre 2018 en Pologne, Greta Thunberg déclare : « En 2078, je célèbrerai mon 75e anniversaire, et si j’ai des enfants, ils fêteront peut-être ce jour avec moi. Peut-être qu’ils me parleront de vous, qu’ils me demanderont pourquoi vous n’avez rien fait quand il était encore possible d’agir. Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. ». Avec ce discours, Greta Thunberg devient une icône de la lutte contre le changement climatique. Du haut de ses 16 ans, elle inspire et devient un exemple pour de nombreux jeunes à travers le monde qui décident eux aussi de faire la grève pour le climat. 

Ce groupe se différencie du groupe du Manifeste par son contenu et son mode d’action. Il interpelle directement le gouvernement au lieu de négocier avec les entreprises. La grève dénonce une impossibilité d’actions écologiques avec notre société capitaliste et relie justice sociale et justice climatique. 

Cette jeunesse, dits « enfants du climat », souligne l’émergence d’un mouvement écologique aussi marqué politiquement que sociologiquement. Dû à l’impact majeur des jeunes gens sur le changement climatique, il n’est pas question de nier leur droit à s’intéresser aux décisions qui les concernent où les concerneront.

Au-delà des grèves scolaires ; les jeunes semblent être au cœur des mouvements écologiques. « Les moins de 26 ans représentent la population la plus déterminée à se mobiliser pour le climat. Plus les mobilisations sont petites, plus les jeunes représentent une part importante. » selon Maxime Gaborit ; chargé de cours à Science-Po. Les jeunes sont motivés mais semblent aussi être les plus radicaux. Ils demandent un changement immédiat et de grande ampleur. Par exemple, le choix de la grève scolaire, revendiquée comme de la désobéissance civile est très révélateur de leur engagement. 

Touchés politiquement ou pas, les jeunes devront affronter trois problématiques majeures : 

1-Éviter la récupération de leurs mouvements : les actions indépendantes et non affiliées à un mouvement particulier sont la source de leur force et leur permettent de secouer le monde politique et la société mondiale. Il faut que ce mouvement puisse préserver son indépendance et démontrer les soupçons de manipulation extérieure.

2-Faire vivre le mouvement dans la durée afin que ce ne soit pas qu’une action catégorisée comme une nouvelle “mode des jeunes”, mais bien un désir de revendications sur le long terme pour améliorer la préservation de la planète pour les générations futures. 

3-Être pris au sérieux par les dirigeant·e·s : beaucoup d’entre eux·elles dénoncent les mobilisations, tout comme le Premier ministre australien proclamant que « Les écoles n’ont pas à être transformées en Parlement. », incitant de ce fait les élèves à passer moins de temps dans l’activisme et plus de temps à étudier.