
Fiscalité de l'énergie : la Cour des comptes appelle à une réforme
La fiscalité de l'énergie constitue une source importante de recettes pour les finances publiques. Elle repose encore largement sur les énergies fossiles, dont la consommation est appelée à diminuer avec la transition énergétique. Dans ce contexte, comment adapter cette fiscalité aux objectifs de décarbonation tout en préservant les recettes publiques et en limitant les effets sur les ménages et les entreprises ?
Dans un rapport publié en juin 2026, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), institution associée à la Cour des comptes, examine les conséquences de la transition énergétique sur la fiscalité de l'énergie. Il formule également plusieurs recommandations sur les accises, la TVA et l'articulation avec les marchés carbone européens.
29 juin 2026 à 18:30
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À retenir
La fiscalité énergétique : une manne de 59,7 milliards d'euros en 2024 pour l’État
Pour commencer, le CPO indique que la fiscalité de l'énergie a généré 59,7 milliards d'euros de recettes en 2024, soit environ 2 % du produit intérieur brut (PIB). Les accises sur les produits énergétiques en constituent la principale composante, avec 39,5 milliards d'euros de recettes. Les accises sont des taxes appliquées à la consommation de certains produits, notamment les carburants, le gaz et l’électricité. Elles sont généralement calculées sur la quantité consommée (par litre, kilowattheure, etc.).
La TVA a pour sa part rapporté 17,6 milliards d'euros. Comme le précise le rapport : « L’essentiel de leur rendement provient des énergies fossiles ».
Des régimes d’exception qui coûtent cher
Manne pour l’État, la fiscalité énergétique française comporte néanmoins de nombreuses dérogations. Le CPO n’en recense pas moins de 35, pour un coût évalué à 15 milliards d'euros en 2024. Par exemple :
- La réduction d’accise sur les produits pétroliers sur le gazole non routier (GNR) pour le secteur du BTP ou le secteur agricole ;
- Certaines consommations industrielles, comme l'électricité utilisée dans des procédés métallurgiques, chimiques ou de réduction minérale, qui peuvent être exonérées totalement ou partiellement d'accise sur l’électricité.
- Le kérosène consommé par les compagnies aériennes pour les vols internationaux, qui n'est pas soumis à la taxe sur les carburants...
Des recettes appelées à diminuer avec la transition énergétique
Le CPO souligne que la baisse de la consommation d'énergies fossiles devrait peser sur les recettes fiscales. Selon des projections de la Direction générale du Trésor reprises dans le rapport, « à tarifs fiscaux constants, [elle entraînerait] une baisse des recettes nettes d'accise sur les énergies de 7 à 10 Md€ en 2030 et de 15 à 30 Md€ en 2050 ».
Le Conseil estime que les recettes issues des marchés carbone européens pourraient constituer un relais à l'horizon 2030. Il précise toutefois qu'elles sont « incertaines mais pourraient être comparables aux pertes attendues de recettes d'accise à l'horizon 2030 » et qu'elles « ne peuvent toutefois pas être considérées comme un substitut durable » à ces recettes, car elles sont appelées à diminuer à mesure que la transition énergétique progresse.
Bon à savoir
Qu’est ce que le marché européen du carbone ? Il s’agit d’un dispositif mis en place par l’Union européenne. Dans ce cadre, certaines entreprises fortement émettrices de carbone doivent payer pour leurs émissions de CO₂. Pour cela, elles achètent des quotas correspondant aux tonnes de CO₂ qu'elles rejettent. Le nombre total de quotas disponibles diminue progressivement afin d'inciter les entreprises à investir dans des technologies moins émettrices.
Privilégier les aides ciblées aux baisses généralisées de taxes
À chaque hausse des prix de l'énergie, la question d'une baisse de la TVA ou des accises revient dans le débat public. Le CPO estime toutefois que cet outil fiscal est peu adapté pour soutenir les ménages et les entreprises.
Le rapport avance trois arguments :
- Un ciblage insuffisant : Une baisse de fiscalité bénéficie à l'ensemble des consommateurs, alors que l'exposition aux hausses de prix varie fortement selon les ménages, les secteurs d'activité ou l'intensité énergétique des entreprises.
- Des effets à contre-courant de la transition énergétique : En réduisant le coût des énergies fossiles, ces mesures peuvent limiter les incitations à réduire la consommation ou à investir dans des équipements moins énergivores.
- Un caractère difficilement réversible : Les expériences passées montrent qu'une réduction temporaire des prélèvements peut être complexe à supprimer une fois mise en œuvre.
Face aux crises de l’énergie et aux hausses soudaines des prix, le CPO privilégie une autre approche. Plutôt que d'abaisser les taxes sur l'énergie pour l'ensemble des entreprises, il plaide pour des aides publiques ciblées, réservées aux secteurs les plus durement frappés par la flambée des prix, et suffisamment souples pour être retirées dès que la crise s'atténue.
Adapter progressivement la fiscalité à la décarbonation
Le rapport s'intéresse aussi aux évolutions de plus long terme. Il propose plusieurs ajustements destinés à accompagner la transition énergétique et l'essor des marchés carbone européens. Quels sont-ils ?
Maintenir certains allègements pour les secteurs énergivores
Avec l'extension du marché européen du carbone et la diminution progressive des quotas gratuits attribués aux industries les plus émettrices, certaines activités économiques pourraient voir leurs coûts liés à l'énergie augmenter.
C’est pourquoi, la CPO recommande de « maintenir les exonérations et tarifs réduits d'accise sectoriels pour les secteurs d'activité à forte intensité énergétique et exposés à la concurrence internationale, le temps que des alternatives technologiques compétitives à l'usage d'énergie carbonée soient développées. »
Une position avec laquelle Ekwateur est alignée. La part des taxes et des mécanismes parafiscaux dans le prix de l'énergie augmente déjà régulièrement. Les certificats de production de biogaz (CPB), le mécanisme de capacité, les certificats d'économies d'énergie (CEE) ou encore le futur marché carbone ETS2 finiront eux aussi par être répercutés sur les factures. Dans ce contexte, nous pensons que l'État devrait aller plus loin et mobiliser tous les outils mis à sa disposition par l'Union européenne, notamment la possibilité d'appliquer une TVA réduite sur certaines énergies renouvelables.
Poursuivre le rapprochement entre diesel et essence
En France, le gazole continue de bénéficier d'un traitement fiscal plus favorable que l'essence. Cet écart trouve son origine dans des choix publics anciens, à une époque où les véhicules diesel étaient perçus comme plus sobres en carburant et moins émetteurs de CO₂.
Dans sa recommandation n°4, le Conseil propose de rapprocher, par étapes, le niveau de taxation appliqué au diesel de celui déjà en vigueur pour l'essence.
Revoir la fiscalité sur l’énergie des ménages
Le rapport estime que la structure actuelle de la fiscalité appliquée aux énergies utilisées pour le chauffage des ménages n'est pas en phase avec les objectifs de décarbonation. En effet, aujourd'hui, le gaz naturel et le fioul supportent une fiscalité plus avantageuse que l'électricité. Une situation incompatible avec les objectifs d’électrification de la France qui souhaite engager un développement de la mobilité électrique et des pompes à chaleur.
Face à cela, le CPO suggère d’envisager, à l'issue de la période actuelle des certificats d'économies d'énergie (CEE), une hausse des accises sur le gaz et le fioul résidentiels. En parallèle, il recommande de réduire le niveau d'accise applicable à l'électricité consommée par les ménages.
Chez Ekwateur, nous partageons globalement le constat du CPO. La fiscalité de l'énergie doit davantage soutenir la transition énergétique. Nous appelons également à une harmonisation équilibrée de la fiscalité entre le gaz et l'électricité. L'enjeu n'est pas d'opposer les énergies entre elles, mais plutôt de donner un avantage aux solutions les plus décarbonées.
Cela s’est déjà vu par le passé. Jusqu'en 2021, le biométhane injecté dans les réseaux bénéficiait d'une exonération de TICGN, l'ancien nom de l’accise sur le gaz naturel. Cette mesure visait alors à accompagner l'essor de la filière. À l’heure où la fiscalité énergétique est appelée à évoluer, nous pensons que les gaz renouvelables méritent d'être pleinement intégrés à la réflexion.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel de préserver la lisibilité des factures énergétiques et de veiller à ce que les dispositifs de financement de la transition énergétique restent proportionnés et compréhensibles pour les consommateurs.
La fiscalité et les mécanismes de soutien doivent également être mobilisés comme des leviers d'incitation en faveur des équipements performants, de la rénovation énergétique et des solutions les plus décarbonées.





