
Data centers en France : quelle consommation d'énergie et quel impact environnemental ?
Stocker les 4380 photos des petits enfants, faire tourner nos plateformes de streaming préférées ou encore, pour certain·es, répondre aux innombrables questions posées à l’IA… Voici un échantillon (non-exhaustif) de ce à quoi nous servent les data centers au quotidien. Or, derrière chaque donnée stockée dans le « cloud » se trouvent des serveurs bien terrestres qu’il faut alimenter, refroidir et faire fonctionner jour et nuit.
Alors, combien d’électricité consomment réellement les data centers ? Combien d’eau utilisent-ils ? Et surtout : peut-on continuer à développer ces infrastructures qui se multiplient partout sur l’Hexagone, sans faire exploser leur empreinte environnementale ? Décryptage.
20 août 2026 à 14:50
Lecture 8 mn
À retenir
Les 352 data centers en activité en France consomment environ 10 TWh d’électricité par an, soit 2,2 % de la consommation électrique française en 2025.
Leur empreinte dépasse largement la seule facture d’électricité : ils nécessitent notamment du refroidissement et ont directement prélevé environ 680 000 m³ d’eau en France en 2023.
Leur développement n’est pas forcément incompatible avec la transition écologique, mais il suppose de combiner sobriété numérique, efficacité énergétique, récupération de chaleur et électricité la moins carbonée possible.
Quelle est la consommation d’un data center ?
Selon l’ADEME, les 352 data centers actuellement en activité en France consomment environ 10 TWh d’électricité par an, soit 10 000 000 MWh¹. Pour donner un peu de sens à cette ribambelle de zéros, cela représente environ 2,2 % de toute l’électricité consommée en France en 2025, ou l’équivalent de la consommation électrique annuelle d’une grande ville comme Marseille.
Pour bien comprendre cette conso XXL, un petit détour par la salle des machines s’impose : un data center, ou centre de données, est un bâtiment qui regroupe des serveurs de calcul et de stockage, des équipements réseau, des systèmes d’alimentation électrique, des logiciels de gestion… et tout ce qu’il faut pour empêcher ce petit monde de surchauffer.
En pratique, ces infrastructures permettent de stocker, de traiter et de distribuer les données nécessaires à une foule de services (cloud, messagerie, services publics numériques, commerce en ligne, jeux vidéo, réseaux sociaux, streaming ou encore intelligence artificielle).
Et contrairement à votre ordinateur portable que vous pouvez gentiment mettre en veille à 18 heures, les data centers fonctionnent généralement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec pour conséquence un appétit énergétique gargantuesque.
Et tous les data centers ne jouent pas exactement dans la même catégorie, puisque leur taille et leur puissance peuvent considérablement varier (et, de facto, leur conso également). D’ailleurs, une petite partie des plus gros data centers concentre l’essentiel de la consommation : en 2023, 21 % des centres de plus de 1 GWh par an représentaient 78 % de leur consommation électrique totale².
Autrement dit, le petit serveur qui héberge les fichiers de la compta n’est pas tout à fait dans la même cour que le gigantesque centre de calcul destiné à entraîner des modèles d’intelligence artificielle.
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Qu’est-ce qui consomme de l’électricité dans un data center ?
Évidemment, les serveurs arrivent en première position. Sur les quelque 3 TWh consommés en 2024 par les data centers raccordés au réseau exploité par Enedis, environ 1,8 TWh seraient directement liés aux équipements informatiques, contre 1,2 TWh pour les autres postes : refroidissement, ventilation, éclairage, etc³. Il faut donc alimenter :
| Équipement ou fonction | Pourquoi ça consomme ? |
|---|---|
| Les serveurs | Calcul, stockage et traitement permanent des données |
| Le refroidissement et la ventilation | Empêcher les équipements informatiques de surchauffer |
| Le réseau | Faire circuler les données entre les serveurs et les utilisateur·ice·s |
| La sauvegarde et la redondance | Dupliquer les données et certains équipements pour éviter toute interruption de service |
| Les onduleurs et les équipements de sécurité | Sécuriser l’alimentation et les installations |
| Les groupes électrogènes | Prendre le relais du réseau électrique en cas de coupure |
La consommation peut augmenter pendant les périodes chaudes, lorsque les systèmes de refroidissement sont davantage sollicités. À l’inverse, certains data centers utilisent en hiver le free cooling, qui profite de l’air extérieur pour refroidir les installations et limiter les besoins énergétiques³.
Quelle prévision de consommation dans les années à venir pour les data centers ?
Et c’est ici que les chiffres commencent à sérieusement grimper !
Le cloud n’a évidemment pas attendu 2026 pour exister. Mais l’arrivée massive de l’IA générative augmente les besoins en puissance de calcul et donc… la demande en infrastructures.
En mai 2026, RTE avait déjà réservé près de 18 GW de capacité pour environ 80 projets de data centers, contre environ 5 GW pour une quarantaine de projets fin 2024⁴. Certains projets dépassent même 400 MW de puissance demandée ! Les sites « fast track » identifiés pour accueillir de très grands centres de calcul sont par exemple dimensionnés pour des puissances allant de 400 à plus de 1 000 MW.
Attention toutefois à ne pas traduire automatiquement « 18 GW réservés » par « 18 GW consommés demain matin ». Les opérateurs estiment que la montée en charge de ces infrastructures s’étalera sur dix à quinze ans, et tous les projets annoncés ne verront probablement pas le jour.
RTE estime ainsi que la consommation des data centers français pourrait atteindre :
- 15 à 20 TWh en 2030, soit environ 3 % de la consommation électrique française ;
- 23 à 28 TWh en 2035, soit environ 4 %⁴.
Ce serait tout de même jusqu’à trois fois la consommation actuelle.
De son côté, l’ADEME a travaillé sur cinq trajectoires possibles jusqu’en 2060. Et celles-ci racontent des futurs très différents : sobriété numérique, encadrement territorial, pari sur l’innovation… ou à l’inverse, croissance des usages quasiment sans frein.
Dans son scénario tendanciel, la consommation électrique mondiale associée aux usages numériques français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035¹. Près des deux tiers seraient alors consommés hors de France, avec un problème supplémentaire : l’électricité utilisée à l’étranger est en moyenne plus carbonée que celle produite dans l’Hexagone.
Voilà qui donne légèrement moins envie de qualifier le cloud de « nuage ».
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Quelles sont les conséquences des data centers sur l’environnement ?
Parler uniquement de leur consommation électrique serait un peu réducteur, puisque les data centers mobilisent également de l’eau, des équipements électroniques, du foncier et des matériaux.
Et lorsque les services numériques utilisés en France sont hébergés à l'étranger, une partie de cette empreinte environnementale quitte simplement notre champ de vision.
L’eau et le refroidissement
Un serveur, ça chauffe, et pas qu’un peu ! Pour préserver les équipements et maintenir leurs performances, cette chaleur doit donc être évacuée en permanence. Plusieurs technologies existent : refroidissement par air, refroidissement liquide ou encore free cooling lorsque les conditions extérieures le permettent. Et certaines de ces solutions utilisent de l’eau…
En 2023, les centres de données ont directement prélevé environ 680 000 m³ d’eau en France³. Une partie est ensuite réinjectée dans les réseaux : prélèvement et consommation réelle ne doivent donc pas être confondus.
Le sujet est d’autant plus sensible que la consommation dépend énormément des technologies employées et de la localisation du centre. Dans un territoire soumis au stress hydrique, le même système de refroidissement ne pose évidemment pas tout à fait les mêmes questions que dans une zone où la ressource est abondante.
Réduire l’utilisation d’eau peut donc passer par des systèmes de refroidissement plus efficaces ou utilisant davantage l’air extérieur. Mais, comme souvent en matière d’énergie, il faut éviter de simplement déplacer le problème : une technologie moins gourmande en eau peut demander davantage d’électricité. Le meilleur système dépend donc aussi du climat local et des caractéristiques du site.
L’empreinte carbone des data centers
Dans sa mise à jour de l’empreinte environnementale du numérique en France, l’ADEME estime que les data centers sont responsables de 46 % de l’empreinte carbone du numérique, contre environ 50 % pour les terminaux et 4 % pour les réseaux⁵.
Une part importante de cet impact vient du fait que les usages numériques français ne reposent pas uniquement sur des infrastructures situées dans l’Hexagone. Selon les estimations de l’ADEME, environ 53 % des usages numériques français seraient hébergés à l’étranger⁵.
Une vidéo regardée à Paris, une requête adressée à une IA ou un fichier stocké depuis Lille peut donc solliciter un serveur situé à des milliers de kilomètres. L’impact existe toujours ; il dépend simplement du mix électrique du pays dans lequel se trouve le data center.
À l’échelle de l’ensemble du numérique, l’ADEME estime ainsi que les services numériques représentent 51,5 TWh de consommation électrique en France, mais 65 TWh si l’on intègre les data centers situés à l’étranger qui servent les usages français⁵.
Et ces données portent sur 2022 : elles ne reflètent donc pas encore pleinement la montée en puissance récente de l’IA générative.
Bon à savoir
En juin 2026, trois nouveaux méga data centers dédiés à l’IA ont été annoncés dans les Hauts-de-France, à Loon-Plage, Bouchain et Bosquel. Et ils ne seront pas seuls : les projets se multiplient dans l’Hexagone à mesure que les besoins en calcul explosent.
Vers des data centers plus vertueux ?
Si mettre la clé sous la porte et ressortir notre vieux Minitel n’est pas franchement réaliste, on peut tout de même rêver à des dispositifs plus doux pour la planète.
Parce que les centres de données hébergent des services devenus essentiels : santé, administrations, entreprises, recherche scientifique, télécommunications… La vraie question est donc plutôt de savoir comment limiter leur impact tout en évitant une croissance incontrôlée des usages.
Pour cela, plusieurs leviers existent (même si aucun n’est magique).
Data centers et énergie décarbonée
Sur un point, la France dispose d’un avantage assez net, puisque son électricité est très peu carbonée.
En 2025, plus de 95 % de la production électrique française était décarbonée, avec une intensité carbone moyenne de 53 gCO2e/kWh⁴. Installer un data center en France peut donc limiter les émissions liées à son fonctionnement par rapport à une installation alimentée par un mix fortement dépendant du charbon ou du gaz. Voilà pour le côté verre à moitié plein.
Mais gare à la méprise, puisque décarboné ne signifie pas renouvelable. Une grande partie de cette longueur d’avance hexagonale repose sur le nucléaire. Celui-ci émet peu de CO₂ lors de la production d’électricité, oui, mais tout ça grâce à une ressource minérale non renouvelable, qui génère des déchets radioactifs et soulève ses propres enjeux en matière de gestion des ressources et des installations.
Chez Ekwateur, on préfère donc éviter le raccourci « peu carboné = problème réglé ». Le premier levier reste la sobriété : inutile de produire toujours davantage d’électricité simplement parce qu’elle est peu carbonée. Et pour l’énergie qui reste nécessaire, le développement des énergies renouvelables constitue une autre pièce du puzzle.
C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’une offre d’électricité verte : soutenir une production renouvelable plutôt que considérer chaque nouveau kWh comme une ressource disponible sans limite.

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La récupération de chaleur résiduelle
N’oublions jamais que rien ne se perd, mais que tout se transforme ! Alors, si au lieu d’évacuer toute cette chaleur produite par les serveurs on envisageait simplement de la récupérer ?
Eh oui, cette chaleur fatale (autrement dit la chaleur dégagée par les serveurs et qui serait sinon perdue) peut notamment alimenter un réseau de chaleur ou chauffer des bâtiments voisins. L’ADEME intègre d’ailleurs cette solution dans l’un de ses scénarios de développement plus maîtrisé des data centers¹.
Si sur le papier, il est difficile de ne pas être séduit·e par l’idée, dans la pratique, tout cela exige un poil d’adaptation. Il faut notamment disposer de besoins de chaleur suffisamment proches du data center, d’infrastructures qui permettent de la transporter et parfois d’équipements supplémentaires pour augmenter sa température.
Si la récupération de chaleur est prévue dès la conception du projet de data center et qu’un débouché existe à proximité, elle permet de valoriser une énergie qui aurait autrement été perdue.
La réglementation européenne sur l’efficacité énergétique des data centers
La directive européenne 2023/1791 sur l’efficacité énergétique impose aux data centers de plus de 1 MW de valoriser leur chaleur résiduelle, tandis que le règlement délégué européen 2024/1364 instaure un système qui permet d'évaluer leur durabilité et leur efficacité énergétique².
Les grands data centers doivent par ailleurs communiquer chaque année plusieurs indicateurs de performance énergétique et hydrique à la Commission européenne⁶.
En France, des critères environnementaux, notamment concernant la récupération de chaleur, conditionnent également certains avantages accordés aux centres de données.
Pour ou contre les data centers ?
Un data center n’est, en lui-même, ni vertueux ni diabolique, puisque c’est avant tout une infrastructure utilisée pour faire fonctionner des services numériques. Certains sont essentiels ; d’autres beaucoup plus discutables. Et c’est précisément là que le débat se corse.
Du côté du « pour », développer des data centers en France permet notamment de renforcer la souveraineté numérique, d’héberger davantage de données selon les règles européennes et de profiter d’une électricité bien moins carbonée que dans de nombreux autres pays.
Du côté du « contre », multiplier ces infrastructures signifie aussi mobiliser davantage d’électricité, d’eau, de foncier et de matériaux. Cela peut nécessiter d’importants travaux sur le réseau électrique et créer des tensions locales lorsque plusieurs gros consommateurs s’installent sur un même territoire.
L’ADEME le résume finalement assez bien dans ses différents scénarios : le vrai choix collectif n’est probablement pas entre « numérique » et « plus de numérique », mais entre plusieurs manières de développer nos usages¹.
Chez Ekwateur, notre position tient donc en trois mots : sobriété, efficacité, renouvelables.
- D’abord, questionner les usages et éviter le calcul ou le stockage inutile.
- Ensuite, rendre les infrastructures restantes aussi efficaces que possible.
- Enfin, couvrir autant que possible leurs besoins avec des énergies renouvelables.
Parce que même dans un data center dernier cri, le kWh le plus facile à décarboner reste encore celui dont on n’a pas eu besoin. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Êtes-vous pour ou contre plus de data centers ?
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FAQ sur la consommation des data centers
Comment agir pour limiter la consommation des data centers ?
Est-ce que l’intelligence artificielle consomme beaucoup d’électricité ?
¹https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2026/consommation-electrique-des-data-centers-5-scenarios-pour-demain/
²https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-consommation-delectricite-des-centres-de-donnees-entre-2018-et-2023
³https://observatoire.enedis.fr/article/la-france-attractive-pour-les-data-centers-2
⁴https://www.rte-france.com/bases-electricite/consommation-electricite/essor-data-centers-france
⁵https://librairie.ademe.fr/changement-climatique/7880-evaluation-de-l-impact-environnemental-du-numerique-en-france.html
⁶https://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-dactivite/le-secteur-du-numerique-en-france/data-centers-atouts-enjeux-et-accompagnement





