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Les énergies intermittentes : un frein à la transition énergétique ?

Parmi les idées reçues qui entourent les énergies renouvelables, l’intermittence occupe souvent une place centrale. Les énergies renouvelables seraient intermittentes, donc incompatibles avec un système électrique stable.

Oui, certaines productions dépendent du vent ou du soleil. Leur niveau de production varie donc selon les conditions naturelles. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles seraient imprévisibles ou incompatibles avec un système électrique stable. 

Le véritable enjeu réside dans la capacité du système électrique à gérer la variabilité. Et c’est précisément ce qu’il fait déjà, chaque jour, grâce au pilotage, aux prévisions, aux réseaux, à la flexibilité et à la complémentarité des moyens de production.

On vous embarque, avec Cyril, responsable du pôle réglementaire chez Ekwateur, pour débunker ensemble cette légende.

À retenir


Petite définition d’une énergie intermittente

On parle d’énergie intermittente (l’Agence internationale de l’énergie parle d’énergie renouvelable variable) pour désigner une source de production dont la disponibilité dépend des conditions naturelles¹.

Quelles sont les énergies dites intermittentes ?

Au quotidien, cette famille a deux grands ambassadeurs qui viennent immédiatement à l’esprit : le solaire et l’éolien, dont la production repose sur l’ensoleillement et le vent¹.

Effectivement, nous ne vivons pas sur la planète Tatooine de Star Wars avec deux soleils, et le vent peut parfois être trop faible pour faire tourner les pales des éoliennes. La production d’électricité n’est donc pas linéaire dans ces cas-là. Elle fluctue.

Ce mot, “intermittent”, peut laisser croire que la production serait imprévisible. En réalité, les variations liées au vent ou à l’ensoleillement sont largement connues à l’avance grâce aux prévisions météo et aux outils de pilotage du réseau. Personne ne se mouille le doigt avant de le lever en l’air pour prévoir la production d’un parc éolien.

Quelles sont les énergies “non intermittentes” ?

En face, on trouve les moyens dits pilotables. Ceux que l’on peut mobiliser plus facilement selon les besoins.

  • Nucléaire : stable, avec des arrêts de maintenance de temps à autre² ;
  • Gaz : rapide à démarrer, pratique pour ajuster, moins séduisant côté climat et dépendances géopolitiques³ ;
  • Hydraulique : très souple, souvent champion du sprint (mise en marche d’une production rapide), à condition que la ressource en eau suive⁴. 

Aucune énergie ne travaille 24h/24h sans contraintes. Certaines sont variables, d’autres flexibles, toutes ont leurs limites. L’ajustement des productions selon la demande n’est pas né avec les énergies intermittentes, car toutes les énergies le sont plus ou moins.

La vraie différence ne se joue pas entre « intermittent » et « non intermittent », elle repose sur des moyens de production plus ou moins pilotables, et plus ou moins soumis à des contraintes techniques, climatiques ou opérationnelles. 

Bon à savoir

Le nucléaire est une énergie pilotable, capable de produire à la demande. Cela ne signifie pas pour autant une disponibilité permanente. Certaines centrales peuvent voir leur production réduite ou suspendue lors de maintenances, d’aléas techniques, ou lorsque les conditions climatiques compliquent leur refroidissement.

Quelles sont les conséquences de cette intermittence ?

Le principal enjeu vient du décalage possible entre la production et la consommation. Une installation peut produire beaucoup à certains moments, puis moins, alors même que la demande augmente.

Par exemple, le solaire produit surtout en journée, quand les besoins en électricité sont souvent plus élevés le matin et en soirée. L’éolien dépend, lui, de la force du vent, avec des variations selon la météo.

Ces situations peuvent entraîner des surplus à certaines heures, ou au contraire des besoins supplémentaires à d’autres moments¹.

C’est cela qui alimente l’idée que le solaire et l’éolien ne seraient pas adaptés.
En réalité, la question porte surtout sur l’organisation du système électrique : stockage, réseaux, prévisions météo, pilotage de la demande et complémentarité entre plusieurs moyens de production. L’IEA explique que l’intégration du solaire et de l’éolien repose sur un ensemble de leviers de flexibilité, parmi lesquels les réseaux électriques, le stockage d’énergie, les centrales pilotables, les interconnexions et les ressources distribuées, afin de garantir un approvisionnement fiable et économique¹.

Les variations rapides mettent-elles le réseau sous tension ?

Si une immense flotte de vaisseaux de Dark Vador couvre le soleil, les panneaux de la centrale en dessous en pâtissent forcément.
Une baisse rapide de la production solaire lors d’un passage nuageux, ou un changement de vent qui influence la production éolienne, peuvent modifier temporairement la production.

Pour autant, ces phénomènes (pas les vaisseaux, les nuages ou les variations du vent) sont anticipés à l’échelle du système électrique et intégrés dans les mécanismes d’équilibrage mobilisés en temps réel⁵.

Le réseau gère déjà des variations importantes au quotidien : hausse ou baisse de la consommation, démarrage ou arrêt d’installations, indisponibilité imprévue de certains moyens de production⁵. Il est conçu pour maintenir en permanence l’équilibre entre l’offre et la demande. Les énergies renouvelables variables ne demandent pas un traitement particulier, elles s’intègrent dans le système aux côtés d’autres moyens, avec des degrés de pilotabilité et de flexibilité différents¹.

En France, EDF a par exemple arrêté en 2025 un réacteur de la centrale de Golfech Nuclear Power Plant en raison de la hausse attendue de la température de la Garonne, utilisée pour le refroidissement⁶.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire rappelait aussi, dans son rapport annuel 2022, que les épisodes de canicule et de sécheresse ont accru les contraintes sur plusieurs installations, avec des températures d’eau plus élevées et des débits plus faibles⁷.

Comment pallier cette intermittence ?

Il existe des solutions déjà largement utilisées pour encadrer cette intermittence.

Le pilotage des installations renouvelables

Les éoliennes et les panneaux solaires installés aujourd’hui ne sont pas des pièces d’antiquité. Les installations modernes sont télépilotables et peuvent être limitées, modulées, voire arrêtées temporairement en cas de contrainte sur le réseau ou de surplus de production⁵.

Les renouvelables ne sont donc pas des boulets qui alourdissent les équations d’ajustement. Elles participent, elles aussi, à l’équilibre du système électrique.

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L’effet de foisonnement

À grande échelle, en France comme en Europe, les productions renouvelables ne varient pas toutes au même moment ni de la même manière. Cette diversité géographique permet de lisser une partie des variations locales : c’est ce qu’on appelle l’effet de foisonnement⁸. 

Un peu comme une coopérative où certains prennent le relais lorsque d’autres produisent moins ce jour-là.

Un manque de vent dans une région peut ainsi être compensé par une production plus forte ailleurs. Le même principe existe avec le solaire selon les conditions d’ensoleillement.

Certaines situations météorologiques peuvent réduire en même temps la production solaire et éolienne sur de larges zones. C’est le cas lors de certains épisodes hivernaux anticycloniques en Europe, parfois qualifiés de Dunkelflaute⁹, qui correspondent à des vents faibles, un faible ensoleillement et une demande électrique élevée.
Le foisonnement est donc utile, sans suffire à lui seul.

Le changement de nos habitudes : consommer au bon moment

Si les fameuses voitures volantes de l’an 2000 se font toujours attendre, nos usages électriques, eux, évoluent bien. Le système devient plus dynamique, avec une consommation capable de mieux s’adapter aux moments où l’électricité est abondante.

Pendant longtemps, la logique dominante consistait surtout à ajuster la production à la demande. Avec le développement du solaire, de l’éolien et des outils connectés, la demande peut désormais devenir plus flexible.

Concrètement, certains usages peuvent être déplacés vers les heures les plus favorables : recharge d’un véhicule électrique, chauffe-eau, lave-linge ou autres équipements programmables.

Lorsque la production est abondante (notamment en journée avec le solaire), les prix peuvent être plus attractifs. La Commission de régulation de l’énergie accompagne cette évolution avec la réforme des heures creuses, afin de mieux refléter les nouveaux profils de production et de consommation¹⁰.

Le changement de nos habitudes : réduire ou décaler sa consommation quand le système est tendu

L’autre face de la flexibilité consiste à consommer moins, ou plus tard, lorsque l’électricité est moins disponible ou que le réseau est fortement sollicité.

Certains consommateurs industriels, tertiaires et progressivement particuliers peuvent ajuster temporairement leurs usages. C’est le principe de l’effacement de consommation¹¹. Il peut s’agir de baisser momentanément un chauffage, ralentir certains procédés industriels ou reporter des utilisations non urgentes.

Ces ajustements permettent de réduire les pointes de consommation, de limiter le recours aux moyens de production les plus coûteux ou les plus carbonés, et d’améliorer l’équilibre global du système électrique.

Ce n’est plus un levier marginal. La flexibilité de la demande devient un pilier du système électrique moderne.

Le stockage : un levier en structuration

Le stockage est souvent présenté comme la solution miracle à l’intermittence. Comme toujours, la réalité est plus nuancée.
Il s’inscrit en effet dans un ensemble plus large aux côtés des réseaux, du pilotage, de la flexibilité de la demande et des interconnexions.

Aujourd’hui, son rôle apparaît surtout dans certaines situations bien identifiées :

  • Lors des excédents de production solaire en journée, quand l’électricité devient très abondante et que les prix peuvent fortement baisser, voire devenir négatifs sur les marchés ;
  • En cas de contraintes locales sur le réseau. Même lorsque l’équilibre est assuré à l’échelle nationale, certaines zones peuvent connaître des congestions, des surplus temporaires de production ou des pics de consommation qui nécessitent des ajustements spécifiques.

Dans ces cas-là, le stockage permet de capter une électricité peu valorisée à un moment donné pour la restituer plus tard, lorsque les besoins sont plus élevés. Il ne supprime pas la variabilité de la production, il améliore la gestion de l’électricité dans le temps.

La Commission de régulation de l’énergie accompagne logiquement le développement de ces solutions. Cela passe notamment par le soutien au couplage entre production renouvelable et stockage, par l’évolution des mécanismes de soutien économique, et par l’émergence de modèles permettant de rémunérer les services rendus au système électrique¹². 

À ce stade, le stockage reste en phase de montée en puissance. Son rôle progresse déjà rapidement et devrait prendre davantage de place dans l’intégration des énergies renouvelables au cours des prochaines années.

La position d’Ekwateur

Chez Ekwateur, nous considérons que le débat sur l’intermittence est souvent mal posé.

Vouloir corriger une faiblesse supposée ne sera jamais aussi efficace que de construire un système électrique capable de gérer la variabilité de certaines productions. Et pour appuyer cette position, il suffit de comprendre que ce système existe déjà et continue d’évoluer dans ce sens.

Il repose sur plusieurs piliers complémentaires :

  • un mix énergétique diversifié ;
  • davantage de flexibilité ;
  • le développement du stockage ;
  • des réseaux performants et interconnectés ;
  • des consommateurs plus actifs dans la gestion de leurs habitudes.

Comme le résume Cyril : « Le défi n’est plus seulement de développer la production, mais aussi d’organiser les usages. »

L’intermittence n’est pas condamnée à un destin tragique digne des héros et héroïnes de la Grèce antique. Là où certains·es ne voient qu’une contrainte, elle peut aussi devenir l’occasion de bâtir un système électrique plus souple, plus intelligent et mieux coordonné.

FAQ

Quelles sont les énergies renouvelables qui sont intermittentes ?

Les principales énergies renouvelables dites intermittentes sont le solaire photovoltaïque et l’éolien. Leur production dépend directement de l’ensoleillement et du vent. D’autres renouvelables, comme l’hydraulique avec retenue, la biomasse ou la géothermie, sont généralement plus pilotables.

Qu'est-ce qu'une alimentation énergétique intermittente ?

Une alimentation énergétique intermittente désigne une production d’énergie non continue et qui varie selon des facteurs extérieurs, souvent naturels. Cela concerne surtout certaines sources renouvelables dont la disponibilité fluctue dans le temps. Le système électrique compense ces variations grâce au réseau, au stockage, aux prévisions et aux autres moyens de production.

Qu'est-ce que l'intermittence de l'énergie solaire ?

L’intermittence de l’énergie solaire correspond au fait que la production photovoltaïque varie avec la présence du soleil. Elle baisse la nuit, change selon la météo, la saison ou la couverture nuageuse. Cette variabilité est connue à l’avance et peut être anticipée.

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