
Face à la hausse des prix de l'énergie, quelles sont les mesures prises par les pays membres de l'UE ?
Les crises énergétiques semblent vouloir revenir. Après 2022, voici 2026.
Malgré ses efforts de diversification de ses approvisionnements énergétiques depuis 2022, l’Europe n’échappe pas totalement à cette volatilité, comme le montre la crise du détroit d’Ormuz.
Face à la hausse soudaine des prix du pétrole, du gaz et, mécaniquement, de l’électricité, plusieurs États membres ont réagi rapidement avec des mesures d’urgence pour protéger ménages, entreprises et secteurs exposés.
On fait le point sur les réponses déjà mises en place, leurs limites, et les solutions plus durables pour renforcer la résilience énergétique européenne.
4 mai 2026 à 14:45
Lecture 5 mn
Ce qu'il faut retenir
22 pays de l’Union européenne sur 27 ont déjà mis en place plus de 120 mesures pour amortir la hausse des prix de l’énergie en 2026.
Les baisses de TVA, aides directes, plafonds tarifaires ou le soutien à l’approvisionnement dominent les réponses d’urgence.
À plus long terme, sobriété, renouvelables et électrification restent les leviers les plus solides face aux crises énergétiques.
L’impact du conflit au Moyen-Orient sur l’énergie dans l’UE et la réponse des États membres
Alors que l'Europe importe relativement peu d’énergie en provenance directe du Moyen-Orient, on aurait pu se penser relativement préservés. Toutefois, elle est vendue sur des marchés mondiaux. Et sur ces marchés, un choc local peut rapidement faire grimper les prix partout.
Le gaz et le pétrole voyagent généralement par bateau, les tensions sur les marchés, elles, sont beaucoup plus rapides¹.
Une part importante du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié (GNL) transite par le détroit d’Ormuz. Au premier semestre 2025, environ 20,9 millions de barils par jour y ont circulé, soit près d’un quart du pétrole transporté par voie maritime dans le monde. Sur la même période, plus de 20 % du commerce mondial de GNL y est également passé². Dès qu’un blocage, une menace ou une instabilité surgit dans cette zone, les marchés peuvent réagir rapidement, avec des hausses de prix à la clé. Un incident local peut ainsi produire un effet papillon mondial, jusque sur les factures européennes.
Selon l’Institut Jacques Delors (think tank européen spécialisé dans les politiques publiques de l’UE)³, l’Union européenne dépend peu du Moyen-Orient pour ses approvisionnements, avec environ 11 % de son pétrole et 4 % de son GNL concernés. Le hic, c’est la forte place occupée par les énergies fossiles dans la consommation européenne⁴, qui expose mécaniquement l’UE aux secousses des marchés internationaux qui sont ici impactés par la crise au Moyen-Orient.
Face à cette pression récurrente (on se souvient encore de la crise énergétique engendrée par le conflit en Ukraine), 22 pays membres sur 27 ont déjà adopté plus de 120 mesures de soutien, pour un coût estimé à 9,2 milliards d’euros³ :
- Baisse de TVA ;
- réduction de taxes sur l’énergie ;
- aides directes aux ménages ;
- plafonds tarifaires ou gels temporaires des prix.
Même si ces dispositifs sont nécessaires, ils peuvent coûter cher aux finances publiques et manquer leur cible lorsqu’ils profitent aussi à des ménages qui n’en ont pas forcément besoin.
Plus encore, ils peuvent aussi limiter les effets incitants à réduire sa consommation ou à remplacer des équipements énergivores par des alternatives plus sobres.
Or, pour ne pas revivre le même scénario façon “Un jour sans fin”, il faudra davantage qu’un pansement sur l'hémorragie de la souveraineté énergétique européenne.
Quelles sont les mesures prises par les différents pays ?
Pour comprendre la réponse des États membres face au choc énergétique de 2026, nous nous sommes appuyés sur le tracker “Immediate Responses and National Context”⁵, développé par l’Institut Jacques Delors. Cet outil recense, pays par pays, les mesures annoncées ou déjà actives au sein de l’Union européenne.
| Pays | Mesures | Coût estimé |
|---|---|---|
| 🇩🇪 Allemagne | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇦🇹 Autriche | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇧🇪 Belgique | 🟥 Blocage des prix🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇧🇬 Bulgarie | 🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | 100 M€ |
| 🇨🇾 Chypre | 🟨 Fiscalité🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale | 100 M€ |
| 🇭🇷 Croatie | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale⚡ Électrification | 450 M€ |
| 🇩🇰 Danemark | 🌿 Sobriété🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇪🇸 Espagne | 🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement⚡ Électrification | Non communiqué |
| 🇪🇪 Estonie | 🟨 Fiscalité🟦 Approvisionnement | 30 à 40 M€ |
| 🇫🇮 Finlande | 🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇬🇷 Grèce | 🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | 300 M€ |
| 🇭🇺 Hongrie | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇮🇪 Irlande | 🟨 Fiscalité🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | 250 M€ |
| 🇮🇹 Italie | 🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🌿 Sobriété🟦 Approvisionnement | 1 Md€ |
| 🇱🇻 Lettonie | 🟨 Fiscalité🟦 Approvisionnement | Neutre budgétairement |
| 🇱🇹 Lituanie | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | Neutre budgétairement |
| 🇱🇺 Luxembourg | 🌿 Sobriété🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇲🇹 Malte | 🟥 Blocage des prix🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles | 250 M€ |
| 🇳🇱 Pays-Bas | 🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇵🇱 Pologne | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟦 Approvisionnement | 430 M€/mois |
| 🇵🇹 Portugal | 🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🟦 Approvisionnement | 450 M€ |
| 🇨🇿 République tchèque | 🟥 Blocage des prix🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟦 Approvisionnement | 40 M€/mois |
| 🇷🇴 Roumanie | 🟨 Fiscalité🟪 Régulation🟧 Aides sectorielles🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | 120 M€ |
| 🇸🇰 Slovaquie | 🌿 Sobriété🟦 Approvisionnement | Non communiqué |
| 🇸🇮 Slovénie | 🌿 Sobriété | Non communiqué |
| 🇸🇪 Suède | 🟨 Fiscalité🟩 Protection sociale🟦 Approvisionnement | 500 M€ |
🟥 Blocage des prix 🟨 Fiscalité 🟪 Régulation 🟧 Aides sectorielles 🟩 Protection sociale 🟦 Approvisionnement ⚡ Électrification 🌿 Sobriété / rationnement
Le cas de la France : bouclier ciblé et accélération de l’électrification
Selon le tracker de l’Institut Jacques Delors, le coût des mesures françaises était estimé à 130 millions d’euros pour le mois d’avril 2026 avec, au programme, mesures fiscales, encadrement de certaines marges, aides sectorielles, protection sociale, sécurisation de l’approvisionnement et électrification des usages⁶. Un montant relativement contenu à l’échelle européenne, notamment comparé à d’autres pays ayant massivement mobilisé des boucliers tarifaires (Portugal, Pologne, Suède par exemple).
Cette relative modération s’explique aussi par le profil du système électrique français. En 2025, la production d’électricité en France reposait très majoritairement sur le nucléaire (68,1 %), complété par l’hydroélectricité (11,4 %), l’éolien (10,3 %) et le solaire (7,4 %)⁷, le reste étant complété par les énergies fossiles.
Bon à savoir : Le nucléaire émet peu de CO₂, toutefois il ne s’agit pas d’une énergie renouvelable. L’uranium utilisé est une ressource limitée, principalement importée, ce qui maintient une forme de dépendance extérieure, avec des impacts environnementaux en amont (extraction) et en aval (gestion des déchets).
En France, les centrales thermiques fossiles, principalement au gaz, représentent une part devenue marginale du mix électrique français, contrairement à certains voisins, notamment en Italie par exemple, où les centrales thermiques conservent une place importante dans le système électrique. Selon Terna, en 2024, 42,5 % de la demande électrique italienne a été couverte par des sources non renouvelables⁸, tandis que 41,2 % provenaient des renouvelables.
La France reste donc exposée aux tensions sur les marchés, tout en étant un peu moins dépendante des combustibles fossiles pour produire son électricité.
Moins un pays dépend des énergies fossiles importées, plus il gagne en marge de manœuvres. D’où l’intérêt croissant pour l’électrification des usages : pompe à chaleur, véhicule électrique, rénovation énergétique ou autoconsommation solaire.
Les recommandations de l’Institut Jacques Delors
Pour l’Institut Jacques Delors, la crise énergétique actuelle souligne les limites des réponses nationales menées en ordre dispersé.
Le think tank plaide pour une stratégie européenne plus coordonnée, articulée autour de plusieurs priorités :
- Mettre en place une réponse commune à l’échelle de l’UE, plutôt qu’une succession de mesures nationales parfois contradictoires (par exemple, l’Espagne plafonne ses prix quand d’autres pays les laissent fluctuer, ce qui crée des écarts et déséquilibre le marché européen).
- Fixer des objectifs temporaires de baisse de la consommation d’énergies fossiles, afin de réduire la pression sur les prix.
- Taxer les surprofits de certains acteurs de l’énergie, lorsque les tensions internationales gonflent mécaniquement leurs bénéfices.
- Utiliser ces recettes pour financer la transition énergétique, plutôt que pour prolonger des aides d’urgence coûteuses.
- Privilégier des aides ciblées vers les ménages les plus vulnérables ou dépendants de la voiture pour travailler, plutôt que des blocages généralisés des prix.
- Accélérer l’électrification des usages (remplacer les énergies fossiles par de l’électricité), notamment dans les transports, le chauffage et l’industrie.
- Renforcer la sobriété énergétique, via des changements d’usages et une consommation plus maîtrisée.
Sur le fond, ces recommandations paraissent cohérentes. Elles cherchent à répondre à la crise immédiate, tout en réduisant les fragilités structurelles qui rendent l’Europe vulnérable à chaque nouveau choc énergétique. C’est ici que se situe le véritable levier d’action.
Qu’en pense Ekwateur ?
En tant qu'acteurs·ices de ce secteur, on a un peu l’impression de prêcher dans le désert quand on assiste à ce genre de mesures d'urgence. Les aides ponctuelles peuvent certes amortir un choc de prix lors des périodes de tension internationale, cependant, cela ne fait que repousser la nécessité d’un véritable changement de paradigme dans la façon dont nous produisons (et consommons) notre énergie.
Elles apportent une réponse immédiate, utile à court terme, sans corriger durablement les causes profondes de la dépendance énergétique.
Pourtant, les solutions existent déjà et on les connaît :
- Développer les énergies renouvelables ;
- Mieux maîtriser la demande grâce à l’efficacité énergétique ;
- Électrifier les usages pertinents ;
- Renforcer la production locale d’énergie.
L’expérience récente du Pakistan rappelle aussi qu’une transition peut émerger du terrain, lorsque ménages, agriculteurs et entreprises s’équipent eux-mêmes pour produire leur électricité. Cette résilience ne repose pas uniquement sur l’État ni sur le marché, elle peut aussi se développer via la capacité d’action directe de millions d’acteurs·ices.

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Autoconsommation, petites installations solaires, stockage domestique, initiatives locales ou coopératives, la transition peut relever à la fois d’une stratégie publique ambitieuse ET d’une appropriation citoyenne de l’énergie.
Deux objectifs qui, loin de se contredire, se renforcent pour construire un système énergétique plus stable, plus résilient et moins exposé aux secousses géopolitiques.
Les crises énergétiques rappellent une chose : tant que l’énergie dépend largement du pétrole et du gaz importés, une tension à l’autre bout du monde sera visible sur notre facture.
Dans ce cadre, la transition énergétique est aussi et avant tout une façon très concrète de vivre un peu plus sereinement et de façon plus indépendante. C’est un marché gagnant pour le·la citoyen·ne, et pour la planète.
Le problème, c’est qu’il faut toujours que l’on soit perdant face à une énième crise pour s’en rendre compte. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? On ne peut que l’espérer.
- https://www.iea.org/topics/the-middle-east-and-global-energy-markets
- https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/World_Oil_Transit_Chokepoints
- https://institutdelors.eu/projets/guerre-en-iran-un-electrochoc-pour-la-transition-energetique-europeenne/
- http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Energy_consumption_in_household
- https://immediate-responses-tracker-fr.netlify.app/
- http://www.economie.gouv.fr/actualites/presentation-du-plan-delectrification-des-usages
- http://assets.rte-france.com/prod/public/2026-02/Bilan-electrique-2025-principaux-resultats.pdf
- https://www.terna.it/en/media/press-releases/detail/electricity-consumption-2024



