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Fermeture du détroit d’Ormuz : comment l’énergie solaire protège le Pakistan

Depuis que l’Iran en a partiellement fermé l’accès, le détroit d’Ormuz revient au centre de l’attention. Ce passage stratégique concentre une part essentielle des échanges énergétiques mondiaux : environ 20 % du pétrole et plus de 20 % du gaz naturel liquéfié y transitent¹. Quand ces flux sont perturbés, les prix de l’énergie réagissent rapidement à l’échelle mondiale².

Pourtant, tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Le Pakistan le démontre. Malgré sa dépendance aux importations, il encaisse mieux les tensions actuelles³. La raison ? Un boom du solaire depuis 2022, porté par les particuliers, les agriculteurs et les entreprises⁴.

Simple adaptation ponctuelle ou véritable bascule ? On prend la direction du pays des contrastes pour comprendre ce qui est en train de se jouer (et si on peut s'en inspirer en France).

Ce qu'il faut retenir


2022 : une Hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Ukraine

Entre 2022 et 2025, le Pakistan a subi une forte hausse des prix de l’électricité, avec une augmentation d’environ 155 % en trois ans⁵. Dans un contexte de pénuries et de coupures, la facture énergétique est devenue difficilement soutenable pour une grande partie de la population.

Une réponse venue du terrain

Face à cette pression, la réponse est venue du terrain⁶. Particuliers, agriculteurs et industriels ont massivement installé des panneaux solaires sur les toits des maisons, des exploitations et des sites de production afin de produire leur propre électricité et réduire leur dépendance à un réseau devenu trop coûteux et instable⁶. 

Dans ce contexte, le solaire s’est imposé naturellement comme une solution de plus en plus abordable, capable de répondre à un besoin concret.

  • Dans les zones rurales, où l’accès à l’électricité reste limité, les installations solaires permettent tout simplement d’avoir du courant en journée.
  • Dans les villes, elles offrent une alternative à un réseau instable et coûteux.
  • Pour les entreprises, elles deviennent un levier pour sécuriser leur activité face aux interruptions et aux hausses tarifaires.

Progressivement, l’adoption s’est diffusée par effet d’entraînement. Voir ses voisins réduire leur facture ou gagner en autonomie a accéléré les décisions d’équipement. Ce qui relevait au départ d’initiatives individuelles s’est transformé en un véritable mouvement collectif, structuré à l’échelle du pays⁷.

Un impact économique déjà massif

Cette transition a déjà permis d’éviter plus de 12 milliards de dollars d’importations de pétrole et de gaz depuis 2021, avec 6,3 milliards de dollars supplémentaires attendus d’ici fin 2026³. Soit l’équivalent d’environ un tiers du budget fédéral annuel du Pakistan, estimé à un peu plus de 60 milliards de dollars⁸.

Un contexte national favorable dont se sont saisis les citoyens·nnes

Si la transition solaire au Pakistan est avant tout portée par les citoyens, elle a tout de même bénéficié d’un contexte favorable. Certaines mesures publiques ont levé des freins : en mai 2022, le gouvernement a supprimé la TVA de 17 %⁹ sur les panneaux solaires, rendant les installations plus accessibles. Cette dynamique a été renforcée par des exonérations de droits de douane et de taxes à l’importation jusqu’à mi 2025¹⁰, facilitant l’arrivée massive d’équipements sur le marché. Depuis 2026, une taxe plus modérée, autour de 10 %, a été réintroduite¹¹.

Un contexte mondial tout aussi propice au solaire

Travaillant de concert avec les avantages nationaux, l’accélérateur est aussi venu de l’extérieur. La surproduction chinoise de panneaux photovoltaïques a fait chuter les prix à l’échelle mondiale¹², rendant le solaire particulièrement compétitif au Pakistan. 

Grâce à ces facteurs et à la volonté populaire, la part du solaire dans la production d’électricité totale du pays a été multipliée par 5 entre décembre 2021 et 2025, passant de 5,6 % à 28,6 %¹³.

Bon à savoir

Le solaire est aujourd’hui l’option la moins coûteuse pour produire de l’électricité dans une grande majorité de pays, en particulier pour les nouvelles installations¹⁴.

Pourquoi le solaire protège face à la crise d’Ormuz

Mécanisme Fonctionnement Effet concret
Moins d’importations d’énergie Une part importante de l’électricité est produite localement grâce au solaire Réduction de la dépendance au pétrole et au gaz importés
Moins d’exposition géopolitique Moins d’énergie importée = moins d’impact des tensions internationales (ex : détroit d’Ormuz) Factures moins sensibles aux crises mondiales
Production décentralisée Les panneaux sont installés sur les toits (maisons, fermes, usines), pas dans quelques grandes centrales Moins de risques liés à une rupture d’approvisionnement ou à une panne du réseau
Résilience du système énergétique Une partie de la consommation est couverte en local, indépendamment du réseau Les hausses de prix du gaz ou du pétrole ont un impact plus limité
Protection des ménages et entreprises Les consommateurs équipés produisent une partie de leur électricité Factures plus stables et meilleure autonomie énergétique

Une dépendance qui persiste

Une capacité de stockage encore modeste… pour le moment

Malgré l’essor du solaire, le Pakistan reste dépendant des énergies fossiles importées. L’électricité produite en journée ne couvre pas tous les besoins, notamment en soirée lorsque la production solaire diminue¹³. Le gaz naturel liquéfié (GNL) continue ainsi de jouer un rôle clé pour équilibrer le réseau lors des pics de consommation⁶. 

Pour y répondre, le pays se tourne progressivement vers des solutions de stockage, avec une adoption croissante des batteries qui permet de prolonger l’usage de l’énergie solaire au-delà des heures d’ensoleillement¹³.

Un réseau de transport encore dépendant des énergies fossiles

De son côté, le secteur des transports reste largement dépendant des produits pétroliers. Le Pakistan consomme à lui seul plus de 65 % de ses propres réserves de pétrole, avec un mix dominé par le diesel et l’essence¹⁵.

Pakistan vs France : deux visions du solaire

Critère Pakistan France
Dynamique solaire ~27–33 GW, croissance très rapide ~25 GW de puissance installée, une progression en continue¹⁹
Structure du système Solaire souvent hors réseau, donc difficile à mesurer Solaire raccordé au réseau
Moteur principal Dynamique citoyenne (coût + coupures) Pilotage public (politiques, objectifs)
Prix de l’électricité Forte hausse (+155 % en 3 ans) Prix en partie régulés
Coût du solaire Très bas (import Chine + fiscalité allégée) Plus élevé, aides encadrées
Cadre réglementaire Flexible, opportuniste Structuré, stable
Logique de transition Économique : payer moins, gagner en autonomie Climatique : décarboner le mix

Pour comparer deux pays très différents, l’analyse ne porte pas sur les volumes, mais sur les taux de croissance relatifs. Cela permet de neutraliser les écarts de taille, de population ou de niveau de départ.

À ce titre, la croissance du solaire au Pakistan apparaît nettement plus rapide : sa part dans l’électricité est passée d’environ 4 % à 14 % entre 2021 et 2024, soit une hausse d’environ +250 %¹³. En France, sur une période équivalente, la part du solaire est passée d’environ 2,5 - 3 %¹⁶ à 4–5 %¹⁷, soit une progression d’environ +40 % à +80 %.

À rythme comparable, le solaire se développe donc environ 3 à 6 fois plus vite au Pakistan qu’en France.

Avec la fermeture du détroit, vous vous demandez peut-être si un scénario à la 2022 est envisageable ? Nous avons posé la question à notre expert.

Fermeture du détroit d’Ormuz ? Faut-il s’attendre à une hausse comme en 2022 en France ?

La flambée des prix de l’énergie en 2022 reposait sur un enchaînement exceptionnel de crises.
La guerre en Ukraine avait fortement perturbé les marchés, notamment en raison de la dépendance européenne au gaz russe. À cela se sont ajoutées des tensions sur le parc nucléaire français, avec de nombreux réacteurs à l’arrêt.

Historique du prix de lu gaz sur le marché de gros

Historique du prix de l’électricité sur le marché de gros

Aujourd’hui, le contexte est sensiblement différent.

Les marchés de l’énergie se sont progressivement stabilisés, les approvisionnements ont été diversifiés et la production nucléaire française est repartie à la hausse. Cette combinaison réduit fortement le risque d’un choc aussi brutal que celui observé en 2022, comme le souligne le directeur de la gestion de l'énergie chez Ekwateur (merci David !).

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La situation reste pour le moment moins tendue qu'en 2022 où différents effets se conjuguaient : baisse des flux gaziers depuis la Russie (environ 40% de l'approvisionnement), baisse de la production nucléaire (problèmes de corrosion sous contrainte), production hydraulique basse en raison de la sécheresse.

À lire aussi

Crise de 2022, Pourquoi les tarifs de l’énergie augmentent tant ?

Comment se prémunir des hausses de prix de l’énergie ?

  • Miser sur des offres renouvelables : opter pour une offre d’électricité renouvelable, c’est participer à la production locale d’énergie et réduire la dépendance aux importations fossiles. C’est un système plus résilient et moins exposé aux chocs internationaux.

Passez à l'électricité verte

Économisez plus de 50€/an¹ par rapport au TRV.

  • Choisir une offre à prix fixe : les offres à prix fixe permettent de se protéger contre les fluctuations du marché. Le prix du kWh reste stable pendant toute la durée du contrat, offrant une meilleure visibilité sur les dépenses énergétiques.
  • Installer des panneaux solaires : produire une partie de son électricité permet de gagner en autonomie et de réduire durablement sa facture. L’autoconsommation devient un levier concret pour limiter l’impact des hausses de prix.
  • Adopter des écogestes : réduire sa consommation reste l’un des moyens les plus efficaces d’agir rapidement. Ajuster le chauffage, optimiser les usages ou limiter les appareils énergivores permet de réaliser des économies immédiates.

Produire  sa propre énergie, c’est alléger sa facture et gagner en indépendance face aux  chocs extérieurs.

Les travaux sur la « démocratie énergétique » montrent justement que des systèmes plus locaux et décentralisés peuvent renforcer la participation des citoyens et leur contrôle sur les choix énergétiques, et, plus largement, sur leur avenir économique et territorial⁸. 

La démocratie se renforce aussi en bronzant, et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle. 🌞

Sources
  1. https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/World_Oil_Transit_Chokepoints
  2. https://fr.euronews.com/business/2025/06/23/pourquoi-le-detroit-dormuz-reste-t-il-essentiel-pour-leconomie-mondiale
  3. https://renewablesfirst.org/resources/blogs/the-hedge-that-paid-off-how-pakistan-s-solar-boom-is-shielding-it-from-the-hormuz-crisis
  4. https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/guerre-en-iran-comment-les-panneaux-solaires-offrent-au-pakistan-une-bouee-de-secours-salutaire-2221939 
  5. https://paklaweservice.com/updates/PLP-others/PakistanEconomicSurvey2024-25.pdf
  6. https://www.wri.org/insights/pakistan-solar-energy-boom
  7. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0957178725001201
  8. https://www.reuters.com/sustainability/land-use-biodiversity/pakistan-cut-overall-spending-raise-defence-budget-2025-26-source-says-2025-06-10/ 
  9. https://www.dawn.com/news/1690683
  10. https://uploads.renewablesfirst.org/The_Great_Solar_Rush_in_Pakistan_38157451a3.pdf 
  11. https://solarpanelinfo.pk/solar-panel-rates-in-pakistan-post-10-tax-2025/ 
  12. https://www.iea.org/reports/renewables-2024/executive-summary
  13. https://ember-energy.org/data/electricity-data-explorer/?entity=Pakistan&metric=pct_share&data=generation&temporal_res=monthly
  14. https://www.iea.org/energy-system/renewables/solar-pv  
  15. https://www.mdpi.com/2071-1050/14/9/5732 
  16. https://www.rte-france.com/actualites/bilan-electrique-2021
  17. https://analysesetdonnees.rte-france.com/bilan-electrique-2024/synthese
  18. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214629617303031
  19. https://analysesetdonnees.rte-france.com/production/solaire

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