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Centrale nucléaire ejectant de la fumée avec coucher de soleil
Centrale nucléaire ejectant de la fumée avec coucher de soleil

Comment gérer les déchets des centrales nucléaires ?

Représentez-vous une piscine d’un bleu cristallin à faire pâlir d’envie celle de l’hôtel du Molitor. Sauf qu’au lieu d’accueillir des parisiens et des touristes fortunés, cette superbe piscine abrite des déchets radioactifs. Eh oui, il s’agit là d’une méthode classique d'entreposage de combustibles nucléaires usés. Plutôt pas mal comme fin de vie pour nos amis (ou ennemis) les déchets nucléaires non ? 

Pour tout savoir sur les différentes techniques de stockage de l’atome, poursuivez votre lecture avec Ekwateur ! 👓


Une gestion différente selon le type de déchet radioactif

Avant de rentrer dans le détail du traitement des déchets radioactifs, rappelons rapidement quelques principes de base. Un déchet radioactif est un déchet classique (gravat, outil, vêtement de protection) qui contient des substances radioactives (radionucléides) pouvant présenter un risque pour la santé et l’environnement. Les déchets radioactifs sont produits lors du fonctionnement d’une installation nucléaire, et aussi au moment de son démantèlement.

Les déchets radioactifs ne sont pas traités de la même manière en fonction de leur nature. Voici les deux grands critères qui permettent de les classifier en France : le niveau de radioactivité et la période radioactive.

Radioactive, radioactive 🎵 (oups, on a pas pu s’en empêcher 😇)

Niveau de radioactivité du déchet

Le niveau de radioactivité d’un déchet s’exprime en Becquerels (Bq) par gramme ou kilogramme. Aussi appelé “activité”, le niveau de radioactivité donne une idée de la quantité de rayonnement radioactif contenu dans les déchets. En gros, il permet de savoir à quel point le déchet est riche en radionucléides. 

On compte quatre niveaux d’activité, classés du plus faible au plus fort : 

  • très faible activité (TFA) ; 
  • faible activité (FA) ;
  • moyenne activité (MA) ;
  • haute activité (HA) : le big boss du déchet nucléaire ! 👑

Période radioactive du déchet

La période radioactive répond aussi au doux nom de décroissance radioactive ou de demi-vie. Elle s’exprime en secondes, minutes, jour ou années. En fait, cette notion permet de savoir au bout de combien de temps la radioactivité d’un déchet est divisée par deux. En effet, certains déchets ont une décroissance de quelques heures, alors que d’autres peuvent mettre des milliers d’années à perdre leur radioactivité ! 

Pas comme la Kryptonite. 💎

On peut classer les déchets radioactifs en trois catégories selon leur période radioactive : 

  • vie très courte (VTC) du déchet (à ne pas confondre avec voiture de transport avec chauffeur 🚕) : les radionucléides ont une période inférieure à 100 jours ;
  • vie courte (VC) : le déchet contient des radionucléides dont la période est inférieure ou égale à 31 ans
  • vie longue (VL) : forte concentration de radionucléides avec une période supérieure à 31 ans.

Selon que le déchet a un niveau de radioactivité et une période radioactive plus ou moins élevés, il ne sera pas stocké de la même manière.

Les techniques de stockage des déchets radioactifs

Après la Seconde Guerre mondiale, 14 pays, dont la France, ont enfoui leurs déchets nucléaires dans les océans Pacifique, Atlantique et Arctique. Depuis la signature de la Convention de Londres sur la prévention de la pollution des mers en 1993, cette technique de stockage des déchets radioactifs est (heureusement !) interdite. (*)

Quelles sont les autres solutions pour se débarrasser des déchets des centrales nucléaires tout en garantissant la sécurité de l’homme et de son environnement

Le stockage en surface des déchets radioactifs

Au lieu d’immerger ses déchets radioactifs dans les océans, la France les stocke désormais à la surface de la Terre. Bien sûr, il ne s’agit pas de creuser un trou et de les recouvrir d’une fine couche de terre. 

Il existe trois barrières de protection qui permettent d’assurer la sécurité de tous : 

  • étape 1 : les déchets sont conditionnés sous forme de colis dans des conteneurs en acier ou en béton après avoir été traités (incinération, compactage, vitrification, etc.) ; 
  • étape 2 : les conteneurs sont eux-mêmes placés sous terre, dans des ouvrages de stockage en béton armé ;
  • étape 3 : plusieurs couches de matériaux naturels comme l’argile recouvrent les ouvrages afin de les protéger des intempéries et des dégâts pouvant être causés par le temps.

Ça c'est du solide ! 💪

Comme évoqué plus haut, les déchets radioactifs ne sont pas traités de la même manière selon leur niveau de dangerosité. 

En France, deux centres de stockage se chargent d’isoler 90 % des déchets radioactifs produits sur le territoire. (*) Tous deux sont gérés par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et remplacent le centre de stockage de la Manche (CSM) qui a atteint sa capacité maximale de stockage en 1994

Il s’agit : 

  • du centre de stockage de l’Aube : il stocke les déchets à vie courte (VC) de faible activité (FA) et de moyenne activité (MA) ;
  • du centre industriel de regroupement d'entreposage et de stockage (Cires) de l’Aube : il stocke les déchets de très faible activité (TFA).

Et pour les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité (MA) à vie longue ? Eh bien, il existe des techniques de stockage géologique profond, encore à l'étude à ce jour dont nous parlerons tout à l’heure.

L’entreposage des déchets radioactifs

L’entreposage diffère du stockage, car les déchets radioactifs sont isolés de manière temporaire. En fait, on les place au sein d’une installation spécialement aménagée en surface ou à faible profondeur à cet effet, le temps qu’ils perdent leurs propriétés radioactives (vous vous rappelez du principe de décroissance ? 🧑‍🎓). 

Cela ne concerne donc que les déchets à vie très courte (VTC) dont le niveau de radioactivité disparaît en quelques jours. Une fois débarrassés de leurs charges radioactives, les déchets sont évacués vers la filière de gestion adaptée à leurs caractéristiques.

Quel avenir pour les déchets radioactifs ?

La question de la gestion des déchets radioactifs est au cœur des débats. En effet, si le nucléaire produit peu d’émissions de dioxyde de carbone et donc une faible empreinte carbone, on ne sait à ce jour toujours pas éliminer définitivement les déchets radioactifs de la surface de la Terre. Alors, pourquoi s’entêter avec le nucléaire

Le projet Cigéo

Cigéo est le Centre industriel de stockage géologique français. Il s’inspire du site d’enfouissement finlandais Onkalo qui permet d’accueillir des déchets radioactifs pour une durée de 100 000 ans ! (**)

Cigéo est un projet de stockage profond des déchets hautement radioactifs (HA), moyennement radioactifs (MA) et à durée de vie longue (VL) produit par les centrales nucléaires.

La particularité de ce site : il enfouirait les déchets à 500 mètres de profondeur, est prévu pour être exploité pendant au moins 100 ans, et surtout, est conçu pour être réversible ! En d’autres termes, les déchets peuvent être récupérés par les prochaines générations si elles trouvent de meilleures solutions de gestion des déchets nucléaires.

Un cadeau empoisonné vous dites 🎁 ? C’est aussi l’avis de nombreux militant-e-s.

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Les déchets nucléaires : des hauts et débats

L’association Greenpeace est connue pour ses prises de position féroces à l’encontre du nucléaire. Elle est particulièrement opposée au projet Cigeo. (***) Voici les principaux risques qu’elle a détectés le concernant : 

  1. faille géologique :  impossibilité de prévoir comment va réagir la couche d’argile de protection des déchets au fil du temps ; 
  2. faille de sécurité : risques d’incendie et d’infiltration ; 
  3. faille économique : les coûts ne sont pas prévisibles sur le très long terme ;
  4. faille éthique : cadeau empoisonné laissé aux générations futures.

Le projet Cigéo a commencé en 2013 par un débat public national. En 2023, Cigéo n’a toujours pas vu le jour. En effet, l’Andra vient de déposer auprès du ministère de la Transition écologique sa demande d’autorisation de création (DAC). Si tout se passe comme prévu, le lancement des travaux de construction devrait avoir lieu vers 2025 et l’exploitation courante après 2035. (**)

Réussira-t-on un jour à mettre tout le monde d’accord sur la place à octroyer au nucléaire dans le mix énergétique français au même titre que les énergies renouvelables ? Un premier pas a en tout cas été franchi quand le nucléaire est entré dans la taxonomie verte de l’Union européenne en février 2022, aux côtés du gaz naturel, une énergie fossile. Mais le sujet reste épineux car tout le monde ne juge pas le nucléaire ou le gaz comme une énergie de transition 🦔.

Par ailleurs, parviendra-t-on à faire définitivement disparaître les déchets radioactifs de la surface de la Terre ? L’avenir nous le dira ➡️

En attendant, pensez à recycler pour faire de vos déchets des déchets renouvelables ♻️ C’est toujours ça de pris pour dame nature 🌍. Ekwateur vous explique même quand viser le zéro déchet en 5 règles simples ! 

Sources

(*) https://www.vie-publique.fr/eclairage/18465-nucleaire-comment-traiter-les-dechets-radioactif

(**) https://www.ecologie.gouv.fr/demantelement-et-gestion-des-dechets-radioactifs

(***) https://www.greenpeace.fr/dechets-nucleaires-projet-cigeo-a-bure-etre-stoppe/ 

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