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Cheminée usine fumée rouge
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Quelles perspectives pour la neutralité carbone en 2050 d’après RTE et négaWatt ?

RTE, négaWatt, SNBC… ces termes vous évoquent vaguement quelque chose, mais pas moyen de mettre le doigt sur ce qui les relie entre eux ? Allez, on vous aide : le point commun entre RTE (le gestionnaire du réseau d’électricité), négaWatt (une association d’experts de l’énergie), et la SNBC (la stratégie bas carbone de l’État), c’est c’est que tous les trois se sont donnés pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre en France. Leur différence : chacun propose des solutions différentes pour y parvenir. 

Les sujets liés au réchauffement climatique vous intéressent ? Vous allez adorer lire cet article d’Ekwateur. 😀


Neutralité carbone en 2050 : de quoi on parle exactement ?

La neutralité carbone, c’est le fait d’assurer un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) et leur absorption par les puits de carbone (qu’ils soient naturels comme les forêts ou par des procédés industriels de séquestration carbone qui permettent la compensation carbone). La « compensation » est cependant assez controversée ! 

La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) : qu’est-ce que c’est ?

La SNBC est la feuille de route de la France pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs d’activités. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait un paquet de devoirs maison ! 📚

La SNBC formalise un objectif à long terme : atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ; et un objectif à court terme : ne pas dépasser les plafonds d’émissions GES (appelés les budgets carbone) fixés tous les 5 ans.

Pour atteindre la neutralité carbone selon les objectifs affichés, la France doit diviser par six ses émissions de GES d’ici 2050 par rapport à 1990. En 2018, elle a déjà réduit de 19 % ses émissions par rapport à 1990 … mais elle a dépassé le premier budget carbone qu’elle s’était fixé.(1)

Ça commence mal pour notre cher Hexagone. 🙁 Alors, comment réussir à tenir ce pari ? 

Comment réduire les émissions carbone à zéro d’après la SNBC ?

La SNBC fixe des orientations en fonction des secteurs d’activités. En voici quelques exemples. 

🏘️ Pour le secteur du BTP : rénover 500 000 bâtiments par an au sein du parc existant en ciblant les passoires énergétiques ; promouvoir les matériaux de construction et rénovation (isolants écologiques) ainsi que les équipements à faible empreinte carbone et à haute performance énergétique comme les pompes à chaleur.

🚊 Pour le secteur des transports : augmenter de 35 % les ventes de véhicules particuliers neufs électriques ou hydrogènes d’ici 2030 ; favoriser le télétravail, le covoiturage ou les circuits courts pour limiter la demande en transport ; améliorer les performances énergétiques des véhicules légers et lourds.

⚡ Pour le secteur de l'énergie : développer l’efficacité et la sobriété énergétique pour faire des économies d’énergie et décarboner le mix énergétique ; favoriser les énergies renouvelables pour le chauffage ; sortir du charbon pour la production électrique.

🏭 Pour l’industrie : intensifier la R&D de procédés de fabrication bas-carbone et accompagner les entreprises dans cette transition ; développer l’économie circulaire pour maîtriser la demande en matière.

Pas de bonnet d’âne 🐴 pour la France puisque le gouvernement a mis le paquet sur la rénovation énergétique avec le lancement de multiples aides financières. Cependant, il reste en France plus de 5 millions de logements qui sont considérés comme des passoires thermiques, il va falloir mettre les bouchées doubles.

Et pour le nucléaire ? Sachant qu’environ 70 % de la production d’électricité en France est issue de cette filière, et que ce mode de production d’énergie émet peu de gaz à effet de serre, on peut se demander quel avenir lui est réservé. 

Justement : mardi 24 janvier 2023, un projet de loi a été adopté, favorisant la construction de nouvelles centrales ainsi que la suppression du plafonnement à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique d’ici 2035. (2) L’État semble donc s’orienter vers une politique pro-nucléaire. On en saura plus lors de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (définie en cohérence avec la SNBC), qui commence en 2023.

Neutralité carbone en 2050 : les propositions de RTE et négaWatt

Suite à l’adoption de la SNBC en mars 2022, deux entités ont publié leurs propres analyses au sujet des objectifs de neutralité carbone de la France d’ici 2050.

Il s’agit d’une part de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité avec son rapport “Futurs énergétiques 2050” le 25 octobre 2021, et d’autre part, de négaWatt, une association d’experts de l’énergie qui a rendu publique son “Scénario négaWatt 2022”.

Voici les conclusions de ces deux acteurs, ce qui les rassemble et ce qui les oppose sur le ring. Let’s fight ! 🥊

Les points communs entre les scénarios RTE et négaWatt

S’il y a bien une chose sur laquelle RTE et négaWatt sont d’accord, c’est l’urgence qu’il y a à décarboner la France. Les deux organismes mettent en avant la nécessité d’accélérer la sobriété énergétique et l’efficacité énergétique à tous les niveaux. Elles promeuvent le recours massif aux énergies renouvelables dans le mix énergétique et l’abandon de l’utilisation des énergies fossiles.

Toutefois, les moyens pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050 divergent entre RTE et négaWatt. Voici les thématiques sur lesquelles ils se crêpent un peu le chignon. ⚔️

Ce qui oppose les scénarios RTE et négaWatt

Tout d’abord, les rapports de RTE et négaWatt n’ont pas exactement les mêmes objectifs. Pour RTE, il s’agit d’évaluer l’impact de la décarbonation sur le réseau électrique. Pour négaWatt, l’enjeu est davantage de sensibiliser les décideurs ainsi que les citoyen-ne-s à ces problématiques. Par ailleurs, RTE propose 6 scénarios bien distincts pour atteindre les objectifs de la SNBC (pas facile à comprendre 🥵), contre un seul pour négaWatt.

Le nucléaire

Le véritable grand clivage entre les propositions de RTE et de négaWatt repose sur la question du nucléaire. Toujours au cœur des polémiques, celui-là n’est-ce pas ? 😉

L’association vise la sortie à 100 % du nucléaire d’ici 2045. 

Pour RTE, c’est plus nuancé. Il n'exclut pas une sortie totale du nucléaire dans l’un de ses scénarios, à condition d’accélérer de manière drastique le déploiement des EnR, ce qui constituerait selon lui la solution la plus coûteuse

Les énergies renouvelables

En ce qui concerne la place qu’occupent les énergies renouvelables dans le mix énergétique, négaWatt estime que la consommation peut être couverte à 96 % par les énergies vertes d’ici 2050. De quoi voir la vie en vert 💚 RTE est un peu moins optimiste puisque dans son scénario le plus nucléarisé, il envisage 50 % d’EnR en 2050.(3)

Bien que RTE et négaWatt se rejoignent sur la nécessité de développer le solaire en France, leurs estimations chiffrées varient. Côté négaWatt, la production annuelle photovoltaïque atteindrait près de 150 TWh en 2050. (4) Pour RTE, “d’ici 30 ans, il faudra avoir porté le parc au minimum à 70 GW”, et au maximum à 208 GW, soit une présence multipliée entre 7 et 21 sur les six scénarios.

Côté éolien, négaWatt envisage une multiplication par 2,1 du parc terrestre par rapport à 2020 pour atteindre 19 000 éoliennes, ainsi que l’installation de 3 000 éoliennes en mer. RTE raisonne en termes de GW : il prévoit un parc minimal d’une quarantaine de GW d'éoliennes terrestres et la construction d’un parc d’éoliennes en mer de près de 25 GW.

La prépondérance des énergies renouvelables dans le mix énergétique pose la question du stockage de l’électricité. En effet, l’éolien et le solaire sont des solutions dites intermittentes, qui ne produisent pas d’énergie en continu. Que faire quand elles sont à l’arrêt ? Pour pallier ce problème, négaWatt mise sur un couplage entre les réseaux de gaz, d’électricité et de chaleur : les excédents d'électricité sont transformés en hydrogène. Ce dernier va être principalement utilisé dans l’industrie, ou sera injecté dans le réseau de gaz naturel. Ainsi, en cas de pointe de consommation, les besoins en électricité, chaleur et mobilité sont couverts

Pour RTE, le stockage est aussi indispensable, surtout dans les scénarios qui tendent vers un mix 100 % renouvelable. Des solutions de stockage hydraulique, la construction de centrales thermiques assises sur des stocks de gaz décarbonés (dont l'hydrogène) sont mises en avant, ainsi que les batteries pour le solaire.

Les transports

Les transports sont au cœur des enjeux de décarbonation pour les deux organismes. Pour négaWatt, la consommation moyenne des voitures doit baisser de 60 % et celle des poids lourds de 20 %. Par ailleurs, 67 % du parc automobile en 2050 sera constitué de véhicules électriques. Un véritable film de science-fiction. 🍿

Encore une fois, RTE raisonne en termes de TWh : il prévoit “-22 TWh diminution des transports individuels au profit du covoiturage, réduction de la vitesse moyenne de circulation et de la taille des véhicules”.

L’habitat

RTE et négaWatt sont conscients que le BTP pèse beaucoup dans le bilan carbone de la France. C’est pour cela que les deux organismes ont des objectifs ambitieux pour ce secteur. 

Le gestionnaire du réseau prévoit une réduction de consommation de 23 TWh grâce à l’efficacité énergétique alliée à la sobriété énergétique : augmentation de l’habitat partagé, réduction de 1 degré de son système de chauffage et de l’eau chaude sanitaire (coucou les éco-gestes 👋).

Pour négaWatt, c’est surtout la rénovation énergétique qui est mise en avant, avec un accent sur l’éradication des passoires thermiques grâce au financement de grands programmes de rénovation globale, particulièrement performants. Contrairement aux 500 000 rénovations par an de la SNBC, négaWatt ambitionne la rénovation de 800 000 bâtiments

On valide l’ambition ! ✨

L'industrie

Enfin, l’industrie, qui est particulièrement émettrice de GES est dans le viseur des deux organismes. 🎯

négaWatt évoque comme solutions possibles l’allongement de la durée de vie des équipements ou encore la régulation des consommations énergétiques des opérateurs du numérique.

Pour RTE, on retrouve cette idée d’allongement de la durée de vie des équipements qui permet la réduction de la production de biens. À cela s’ajoute la réduction des besoins de l'industrie agroalimentaire grâce à la sensibilisation à une alimentation moins transformée (le soja c’est bien ou pas ? 🌾). Résultat : -20 TWh d’énergie consommée

Entre le 20 octobre 2022 et le 18 janvier 2023, les Français-es ont pu prendre part à un débat public sous forme de consultation en ligne au sujet de notre avenir énergétique. Les 31355 contributions citoyennes recueillies contribueront à l’élaboration du projet de loi de programmation sur l'énergie et le climat (LPEC) de 2023 qui fixe les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).(5)

Alors, quel scénario pour atteindre la neutralité carbone en 2050 vous a le plus convaincu ? 🌿

Sources
  1. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/18222_SNBC_10-points_A4_oct2020.pdf 
  2. https://www.liberation.fr/environnement/nucleaire/le-gouvernement-renonce-a-lobjectif-de-reduction-a-50-de-la-part-du-nucleaire-dans-la-production-delectricite-20230117_YTOTKZDPTFHNHISIORQKFMZ6PM/ 
  3. https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-10/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats_0.pdf 
  4. https://negawatt.org/IMG/pdf/synthese-scenario-negawatt-2022.pdf 
  5. https://concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/

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