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Pourquoi les factures d’électricité des Français vont-elles augmenter ?

Les factures des Français-es risquent de subir des hausses dans les mois à venir si ce n’est pas déjà le cas. Pour quelles raisons ? Est-il possible de passer à travers les mailles du filet et d’éviter ces augmentations ?

Jean-Victor et Arnaud, experts sourcing chez ekWateur nous expliquent en détail le pourquoi du comment.

17 mai 2021

1) Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est le marché du CO₂ ?

Arnaud et Jean-Victor : Le marché du CO₂ est un système d’échange de permis d’émission de CO₂ créé en 2005 au niveau européen.

L’idée derrière ce système c’est d’inciter les acteurs émetteurs de gaz à effet de serre à réduire leurs émissions.

Ce marché du CO₂ concerne plusieurs acteurs que l’on nomme « obligés » (l’aérien, la cimenterie, la production d’électricité via le gaz et le charbon, etc…,). Chaque année, ces acteurs reçoivent un crédit d’émission carbone c’est-à-dire des quotas qui leur permettent d’émettre du CO₂ « gratuitement ». Ces quotas couvrent une partie de leurs émissions sur une année, mais pas la totalité. Ainsi, lorsqu’un acteur a épuisé ses quotas, celui-ci doit, soit acheter des crédits sur ce fameux marché du CO₂ (il les achète aux enchères), soit en acheter à d’autres acteurs obligés comme lui et qui ont été moins gourmands en CO₂ sur l’année écoulée.

Cette réduction des émissions est un cap global non pas une obligation de chacun de baisser ses émissions de CO₂. C’est pour cette raison que ceux qui peuvent les diminuer à moindre coût et rapidement sont vivement encouragés à le faire et ils peuvent ainsi vendre leur surplus non utilisé à ceux qui ont plus de difficultés à baisser leurs émissions.

Ce système a connu jusqu’à maintenant 4 phases différentes :

  • En 2005, le prix sur le marché du CO₂ était extrêmement bas car les quotas alloués gratuitement étaient trop importants. Il s’agissait d’une phase d’ajustement et de test
  • La crise de 2008 a également maintenu ses prix bas plus longtemps car elle a fait baisser la production industrielle
  • Puis, à partir de 2019, le prix a été fixé entre 15 et 25 euros pour chaque tonne de CO₂ émise par un acteur
  • Enfin, tout récemment (début 2021), le prix a doublé en passant de 25 euros à 50 par tonne.

offre d'énergie renouvelable

La raison principale de cette hausse c’est que tous les acteurs s’attendent à un durcissement des règles de ce système de la part de la Commission européenne. En effet, les annonces ambitieuses de diminuer de 55% par rapport au niveau de 1990 les émissions de GES d’ici 2030 semblent confirmer ce point. Aussi, ils se préservent dès maintenant de cette potentielle hausse en achetant plus de quotas que d’ordinaire.

Il y a également plusieurs investisseurs qui parient sur cette hausse (en raison des annonces faites) et investissent naturellement dans le CO₂ européen dont le prix semble inexorablement voué à augmenter.

Cette potentielle restriction des quotas n’est pas invraisemblable. Pourquoi ? Parce que l’idée de ce système c’est d’inciter les acteurs à réduire leurs émissions de CO₂ en diminuant les quotas gratuits des différents obligés. Pour chaque tonne que l’industriel émet, il doit acheter un crédit d’émission carbone et au fur et à mesure des années, la Commission européenne veut diminuer le nombre de crédits alloués gratuitement pour inviter de plus en plus tous les acteurs à réduire leurs émissions.

Petits morceaux de bois qui représentent une augmentation des factures d'électricité des français-es

2) Alors, qu’est-ce que ce fameux marché du CO₂ a-t-il à voir avec l’électricité et nos factures ?

Jean-Victor et Arnaud : L’électricité est produite à partir de différent moyen de production (éolien, solaire, nucléaire, charbon, etc…,), ce que l’on appelle le mix électrique.

L’équilibre entre l’offre en énergie et la demande se fait en réalité à une échelle européenne car la quasi-totalité des pays européens sont interconnectés d’un point de vue énergie (oui, l’électricité qui arrive chez vous peut très bien provenir aussi bien d’Espagne ou de Hongrie). Et comme le réseau est interconnecté, cela dépend de tous les moyens de production utilisés pour produire l’électricité.

Généralement, lors de pics de demande, les productions éolienne, solaire ou encore nucléaire ne suffisent plus pour répondre à cette demande. Dans ces cas-là, nous sommes obligés d’allumer des centrales à gaz ou à charbon très polluantes et donc soumises aux quotas du marché du CO₂. Elles intègrent alors le prix du CO₂ dans leurs coûts de production.

De plus, même si notre mix électrique français est plutôt décarboné dans la mesure où le nucléaire couvre plus de 70% de la production d’électricité française, cela dépend de la demande à un niveau européen encore une fois. Le prix de l’électricité tient compte du moyen de production qui fonctionne à un instant T. Concrètement, si la demande n’est pas trop élevée et que les énergies renouvelables et le nucléaire peuvent satisfaire cette demande alors le prix sera plus faible.

En revanche, si la demande est élevée et que les centrales à charbon et à gaz sont sollicitées, alors le prix de l’électricité sera plus élevé puisque ces centrales ont des coûts de fonctionnement plus important (prix du gaz, du charbon et du CO₂).

De plus, le prix de l’électricité produite par ces centrales sera d’autant plus élevé car les quotas d’émission imposés par la Commission européenne seront chers (cf. schéma ci-dessous).

Schéma sur l'équilibre du CO₂.

Même s’il est légitime de penser que l’on ne devrait pas subir ces augmentations de prix des quotas puisque notre mix électrique est majoritairement décarboné, il ne faut pas oublier que l’on se situe à un niveau européen. Le prix peut tout autant être décidé par une centrale à charbon polonaise qu’une centrale nucléaire de la vallée du Rhône.

Actuellement, les moyens de production prédominants sont encore très souvent les centrales à gaz et à charbon. Ce sont elles qui vont arbitrer les prix car, comme nous l’avons vu, ce sont elles qui maintiennent l’équilibre entre l’offre et la demande. Et dans la mesure où elles sont soumises aux quotas du marché du CO₂, si les prix augmentent, elles vont répercuter ces coûts sur le prix de l’électricité qui va également augmenter sur le marché de l’électricité. De fait, le prix des factures va augmenter.

Dans notre cas, en tant que fournisseur d’électricité, nous nous approvisionnons en électricité sur le marché. Donc, si le prix augmente fortement, nous serons obligés de proposer des prix plus élevés à nos client-e-s. Ce n’est pas une taxe en plus, c’est intégré dans le prix de l’électricité.

3) Cela impacte-t-il aussi le gaz et pourquoi ?

Arnaud et Jean-Victor : Oui, cela impacte aussi le gaz. Pourquoi ? Tout simplement car les centrales à gaz et à charbon sont soumises au coût du CO₂. En sachant que le charbon est plus polluant, le coût du CO₂ sera plus élevé sur le charbon que sur le gaz. Ces deux types de centrales sont donc en compétition pour produire de l’électricité.

Lorsque la demande était faible et les prix du CO₂ plus faibles, c’était le charbon qui était réquisitionné pour produire de l’électricité. Avec l’augmentation des prix du CO₂, c’est le gaz qui est, à son tour, réquisitionné pour la production d’électricité. De fait, dans la mesure où il est demandé pour la production d’électricité, cela fait augmenter la demande générale de gaz et donc le prix du gaz par répercussion.

4) Est-il possible d’éviter cette augmentation ou bien est-ce une hausse des prix générale ?

Arnaud et Jean-Victor : À court terme, le mix de production est ce qu’il est et, dans le contexte actuel, la hausse des coûts des quotas de CO₂ se traduit par une augmentation des prix de l’électricité, c’est inévitable. Bien évidemment, il est toujours possible de faire des économies d’énergie pour diminuer ses factures (vous pouvez passer voir notre blog à ce sujet si vous voulez économiser simplement et sans sacrifier votre confort 😉). Néanmoins, c’est pour le moment la seule option.

À moyen terme cependant, nous pouvons observer une évolution en profondeur du mix énergétique notamment avec la montée en puissance des énergies renouvelables. Aussi, plus la production sera décarbonée, moins les centrales à gaz et à charbon seront nécessaires. On peut donc s’attendre à une décorrélation progressive entre le prix du CO₂ et le prix de l’électricité. L’instauration de ces quotas de CO₂ de plus en plus strict a pour but aussi d’aider au développement des énergies renouvelables, cette contrainte doit trouver une conséquence dans la réalité 😊.

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Merci beaucoup, Jean-Victor et Arnaud, pour tous ces éclaircissements sur le sujet. Vous savez désormais pourquoi votre facture risque d’augmenter et comment faire pour atténuer cette augmentation. Investir dans les énergies renouvelables est toujours une bonne nouvelle (et moins coûteuse en plus 😉). Plus on sera nombreux à passer aux énergies vertes plus vite le prix de l’électricité baissera, on y croit ! 💪